vendredi 17 septembre 2021

Le Monde des Animaux


Le Monde des Animaux


Chanson française – Le Monde des Animaux – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ;



Épisode 12



LES DEUX SINGES ENCHAÎNÉS

Pieter Bruegel l’Ancien – 1562





Dialogue maïeutique


Le Monde des Animaux, Lucien l’âne mon ami, n’est cette fois, pas un documentaire animalier cinématographique, ni télévisé, ni vidéolisé, mais bien un journal illustré publié à Prague, qui, je te le rappelle, se trouvait encore à l’époque dans l’Empire austro-hongrois ; on était au début du XXᵉ siècle. Comme quoi, les animaux ont toujours été des sujets de publication pour un large public.


Oh, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas. Cependant, je serais bien incapable de dire quel fut le premier journal du genre, en quel pays et à quel moment. En tout cas, je pense que compte tenu la nécessaire technique d’impression en grand nombre et des photographies, il faut imaginer que ce ne peut être avant la moitié du XIXᵉ siècle. C’est lié du journal à grand tirage lui-même. Mais on n’est pas là pour faire de l’encyclopédisme technologique. Tout ça est fort bien, mais encore ?


Tout juste, Lucien l’âne mon ami. J’en viens donc à la chanson et à ce Monde des Animaux en ce qu’il a marqué l’aventure politique de Jaroslav Hašek et son Parti. Comme il le dit lui-même, le Monde des Animaux fut son école politique ; une terrible école de réalisme, comme on le découvre dans la description (par la chanson) de ce journal où quasiment tout est faux, copié, volé, plagié. En cela, il a raison de se prétendre : « le magazine national unique ». Bien sûr, comme toujours avec l’auteur de Chveik, il faut lire entre les lignes et au-delà du mur de la dérision.


Oui, dit Lucien l’âne, je vois ; c’est ce même Jaroslav Hašek dont tu déclaras dans notre dialogue à propos de La Chanson de Chveik le soldat :


« Chveik serait une sorte de bombe à comique ».


Oui, celui-là même, répond Marco Valdo M.I. ; celui-là même aussi qui de rédacteur au Monde des Animaux passe à la politique et crée le Parti, dont on s’occupe présentement ici.


« Avant de créer le Parti, j’ai appris la vie

À la grande école de la tromperie,

Comme rédacteur au Monde des Animaux »


Il avait transporté au Parti la devise du Monde des Animaux. Une bonne devise au demeurant et toujours efficace, surtout dans les affaires, le commerce et la politique.



Oui, je pense bien qu’il s’agit de lui, dit Lucien l’âne, mais au fait, quelle est donc cette fameuse devise ?


Oh, dit Marco Valdo M.I., elle vaut la peine d’être connue et répercutée de par le monde :


« Dis toujours du bien de toi ! »


En effet, il n’y a pas mieux, dit Lucien l’âne, pour se faire voir et se faire apprécier du public. C’est un slogan fort rentable. Quant à nous, de nous, nous ne dirons rien de semblable. Ça n’a aucun intérêt et c’est d’ailleurs strictement inutile. On n’ambitionne rien, on n’a rien à demander, on n’a rien à vendre et puis, dans le fond, comme disait notre grand-mère, on s’en fout et elle ajoutait même, « Je m’en fous tellement, que je m’en fous ! » Nous, c’est pareil. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde intéressé, agité, ambitieux, merveilleux et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Dans la grande école de la vie, le politique

Doit apprendre à berner les citoyens.

Il faut savoir se salir les mains,

Car tout n’est pas propre en politique.

Dans les tavernes, le politique sourit

À l’électeur, le salue et lui dit

Son très vif intérêt en deux mots

Et pressé, s’en va vers d’autres pots.

Comme citoyen, au bistrot, ce qui plaît

Au politique, c’est qu’on lui foute la paix.


Avant de créer le Parti, j’ai appris la vie

À la grande école de la tromperie,

Comme rédacteur au Monde des Animaux,

Là, on vit de l’innocence des animaux

On vit là de la crédulité des gens.

Le patron criait, mentait, faisait semblant ;

En politique, le patron serait au moins député.

Le patron est mort, il faut en dire du bien.

Le patron me considérait comme un chien,

Moi, je considérais le patron comme un âne bâté.



Le Monde des Animaux est très populaire,

Il ne contient rien d’extraordinaire.

Tout est découpé de journaux étrangers,

Sauf les animaux rares qu’on a inventés.

C’est le magazine national unique.

Au Monde des Animaux, on dupait la terre entière.

On écrivait l’histoire des chiens prolétaires

Crevant de faim, battus, faméliques.

Sa devise : « Dis toujours du bien de toi ! »

Est celle du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.


À propos d’animaux rares,

Le parti avait trois ailes.

Dans chacune d’elles, on savait boire.

La première au restaurant La Chandelle

Pratiquait la gastronomie politique

Et sirotait les alcools, les spiritueux et les vins.

On y vit le procureur de la future république.

Au Café Slave, la seconde entonnait les bières sans faim.

Au Litre d’Or, chez la troisième, en une puissante unité

Confluaient les trois courants en une convaincante ébriété.

samedi 11 septembre 2021

Le Parti et ses Partisans

 

Le Parti et ses Partisans


Chanson française – Le Parti et ses Partisans – Marco Valdo M.I. – 2021


Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.


Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ;



Épisode 11




LA TAVERNE

Bohumil Kubišta – 1910


Dialogue maïeutique


Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, dans cette histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, on en était resté à la tentative de confrontation démocratique et pacifique des idées avec le Parti National-Social lors d’un meeting de ce dernier. L’affaire s’était terminée par l’expulsion brutale des contradicteurs et même, de leur passage à tabac. Chose qui avait été baptisée justement la victoire morale.


Je me souviens parfaitement de ça, dit Lucien l’âne, et cette conclusion réaliste :

« Aux partisans, il faut souvent des soins urgents.

Sauf accident, un parti débutant vaincra moralement. »


Fort bien, dit Marco Valdo M.I. ; alors, il ne me faut pas expliquer ce qu’est une victoire morale et sa signification profonde. Ainsi, suite à cette première victoire morale, les membres du Parti, au nombre de sept, se replient sur leur quartier-général-refuge, l’auberge du Litre d’Or pour un moment de répit mérité.


Et puis, après ?, demande Lucien l’âne.


Après, répond Marco Valdo M.I., la chanson en profite pour présenter quelques-uns des partisans, qui, note le en passant, se révèlent tous être des anarchistes. Comme quoi, il y a eu aussi des partis anarchistes, dont celui-ci dont on s’apercevra qu’il est quand même fort différent des partis classiques. On y découvre Mahen – Jiří Mahen, de son vrai nom Antonín Vančura, poète et dramaturge, qui plus tard, sous la république tchèque, deviendra metteur en scène et directeur du Théâtre national de Brno ; il se suicidera en 1939 à l’entrée des armées nazies en Tchécoslovaquie. On y rencontre le poète et cabarettiste Joseph Mach, plus tard également écrivain, homme de théâtre et de cinéma ; il est l’auteur de l’« hymne » du Parti. Enfin on croise un commissaire de police qui persuade le conteur de l’histoire, président-fondateur du Parti, Jaroslav Hašek de laisser son emploi de rédacteur dans le journal anarchiste « La Commune ». C’est à la suite de cette intervention, venue d’en haut, qu’il entre au journal « Le Monde des Animaux » et fonde le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.



Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a là rien d’étonnant. Si je me souviens bien, toi-même, tu fus l’inspirateur du parti de Blanche Neige et des Sept Nains, qui connut aussi une étonnante victoire morale lorsqu’il se présenta (sans toi) aux élections et Pierre Dac et Francis Blanche avaient bien créé Le Parti d’en Rire. Par ailleurs, ce commissaire n’a pas vraiment tort. À mon sens, c’est à nouveau, l’histoire de la baleine ; elle peut désavouer et maudire la mer, il lui faut pourtant s’y mouvoir et jouer son rôle de baleine. C’est pareil pour les ânes, je dois le dire. Maintenant, je suis curieux de connaître la suite de cette aventure politique. En attendant que tu la composes, tissons le linceul de ce vieux monde anarchiste, monarchiste, turfiste, fasciste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Après son écrasante victoire morale,

Le Parti reforma ses rangs à l’écart,

Derrière la maison communale.

Avec nos yeux au beurre noir,

On avait l’air de conspirateurs.

Pour panser nos douleurs,

Le poète Josef Mach dit alors :

« L’ardeur pousse au combat politique,

On la puise au fond d’une barrique. »

Ainsi, on rentra au Litre d’Or.


Il y avait au Parti toutes sortes d’adhérents :

Des journalistes, des étudiants, des artisans.

Mahen était un chaud partisan.

C’était un anarchiste, oralement ;

À plein temps, il philosophait.

Implacable contre tous les tyrans,

Il les dénonçait, il les condamnait.

Au nom de la Raison, il les mettait au ban.

Mahen était à la société entière,

Ce qu’à la Révolution, était Robespierre.


Notre Parti était truffé de libertaires :

Josef Mach, le jour, était un poète discret,

Le soir, il chansonnait dans les cabarets.

Jiří Mahen, dans le théâtre, faisait carrière ;

C’étaient des artistes, moi, j’étais journaliste,

Le commissaire, père d’un ami, m’avertit.

La police d’État de Vienne vous tient pour anarchiste.

Être anarchiste est donc interdit ?

Pas du tout, mais c’est gênant.

Pour vous, pour votre frère et pour vos parents.


Moi aussi, j’ai connu ça, dit le conseiller ;

Moi aussi, j’ai été révolté,

Mais depuis, je suis devenu monarchiste.

Voyez, maintenant, j’ai un bon métier.

Quittez la Commune, ce journal anarchiste.

Vous y gagnerez, croyez-moi.

Ainsi, j’ai fondé le Parti pour un Progrès modéré

Dans les Limites de la Loi.

Ainsi, j’écris dans Le Monde des Animaux.

Ainsi, je me conforme aux ordres d’en haut.




jeudi 9 septembre 2021

LE DROIT DE…

 

LE DROIT DE…

Version française – LE DROIT DE… – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – BefugnisAchNee, Lieber Doch Nicht – ante 2006



  LUCIEN ET LE PHILOSOPHE

Mosaïque byzantine – Ve S.




Dialogue maïeutique



Oh, dit Lucien l’âne, ça ne fait pas beaucoup de renseignements à propos de ce groupe.


Certes, dit Marco Valdo M.I., d’autant que le site qu’il semblait avoir a disparu. Mais, la chose est fréquente, les groupes sont des choses transitoires. Certains durent plus longtemps, mais ce sont des exceptions. Cela dit, c’était assez prévisible en raison même de la dérision qui brillait de tous ses feux dans le nom de ce groupe. Ce « Ach nee, lieber doch nicht », que je rendrais en français par : « Ah non, j’aimerais mieux pas ».


Dérision, ironie, j’imagine tout cela, dit Lucien l’âne et ça me rappelle quelque chose ou quelqu’un, je ne sais plus trop.


Tu as raison, Lucien l’âne mon ami, c’est manifestement une allusion à la nouvelle d’Herman Melville et à son personnage de Bartleby, qui répondait à toute sollicitation par « I would prefer not to », traduite diversement en français par « je ne préférerais pas », « je préférerais ne pas », « j’aimerais mieux pas » ou encore « j’aimerais autant pas ».


Ah oui, c’est bien lui, c’est bien à Bartleby que je pensais, dit Lucien l’âne. Un étrange personnage, celui-là. Mais quand même, dis-moi quelque chose de la chanson.


La première chose, répond Marco Valdo M.I., que je te dirai, c’est à propos de ma version française. Elle a ceci de particulier que pour donner la sensation de la version allemande, j’en ai fait une version « brute », à la limite d’une traduction littérale. Ainsi, elle a quelque chose de rugueux. Ce qui, dans le fond, correspond assez bien à son contenu, que je te laisse découvrir. Cela dit, elle se situe dans la tonalité et la ligne de ce groupe ; tout comme dans AnklageACCUSATION, elle porte la voix d’un individu face à la société et c’est une voix ferme, une voix forte, celle de quelqu’un qui n’entend pas laisser étouffer sa voix, qui n’accepte pas de se laisser contraindre sans se faire entendre. Celui-là qui parle ou qui crie pose d’ailleurs la question essentielle que chacun devrait poser au monde dans lequel il vit et aux gens qui entendent le dominer. De quel droit ? Qui donne le droit ? Qui prend le droit ? Qui crée le droit ? Comment le droit se crée-t-il ?, me paraît la meilleure formulation et d’ailleurs, la question essentielle. Autre chose est d’y répondre. On ne saurait éluder le droit, il est ou en tout cas, il agit comme une loi naturelle de la société, il lui donne une ossature et une autonomie qui se régule. Pour tout dire, je rappellerais volontiers que la baleine vit dans la mer et que l’humain vit en société dans la nature et qu’il faut chercher dans ces coins-là – un peu comme Spinoza et sa nature, un peu comme Lucien et son aréopage de philosophes sans dieux, un peu comme Albert Camus, un peu également comme Carlo Levi.


Marco Valdo M.I. mon ami, arrête-toi là, c’est bien suffisant, il nous faut conclure ici. Je te rappelle qu’on n’est pas pour faire de la philosophie, même s’il apparaît que je devrais y avoir quelques Lumières. À aller dans cette direction, nous marcherions vers l’infini devisant sans relâche de ce vieux monde idiot, brutal, absurde, aride, avide, arrogant, affameur, assassin et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Qui vous donne le droit de traîner les gens devant les tribunaux ?

Qui vous donne le droit de me prendre ma liberté ?

Qui vous donne le droit de faire les poches aux citoyens ?

Qui vous donne le droit de paralyser ma propre volonté ?


Ceci est aussi mon pays, c’est aussi mon pays…


Qui vous donne le droit d’emmener des soldats à la guerre ?

Qui vous donne le droit de me forcer à faire quoi que ce soit ?

Qui vous donne le droit de ne ressentir aucun scrupule ?

Qui vous donne le droit de tuer des gens régulièrement ?


Ceci est aussi mon pays, c’est aussi mon pays…


Qui vous donne le droit de faire passer les lois avant les gens ?

Qui vous donne le droit de tracer des frontières ?

Qui vous donne le droit de prendre des décisions pour d’autres personnes ?

Oui, qui vous a donné à vous en personne tous ces droits de merde ?


Ceci est aussi mon pays, c’est aussi mon pays…



mardi 7 septembre 2021

ACCUSATION

 

ACCUSATION



Version française – ACCUSATION – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – AnklageAchNee, Lieber Doch Nicht – ante 2006.

 

 


LES SINGES

à la manière d’Abraham Teniers – ca. 1660




Dialogue maïeutique


Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui porte le titre redoutable d’ « ACCUSATION », comme tu peux le voir et comme tu le sais, les gens n’aiment pas d’être accusés.


Je les comprends, dit Lucien l’âne, moi non plus. Mais au fait, de quelle accusation est-il question dans la chanson ?


En fait, répond Marco Valdo M.I., ce que je peux t’en dire, c’est qu’il s’agit de l’accusation portée par un individu contre la société dans laquelle il vit. Qui est celui qui parle ? On ne le sait pas. C’est une voix anonyme, venue du cœur même de la société. Pour le reste, il faut se reporter à la chanson elle-même, car la voix exprime une série d’accusations portant sur une série d’éléments différents. Ce n’est pas une chanson simple qu’on peut résumer en deux coups de cuillère à pot. D’autant que la voix anonyme s’efforce de nuancer, de complexifier.


Bien, bien, dit Lucien l’âne, je vais faire ce que tu conseilles. Cependant, ne pourrais-tu quand même en dire un peu plus ?


Bon, répond Marco Valdo M.I., alors voici, mais il te faudra quand même approfondir ensuite. On a donc cet être humain (on ne sait s’il est homme ou femme, jeune ou vieux, que sais-je ?), d’un côté, et de l’autre, en face, la société. La voix s’interroge sur sa condition, sur l’inévitable nécessité d’accepter et soi-même et la société – cette dernière au moins partiellement. On ne saurait faire autrement et ça du simple fait qu’on est plongé dedans. La baleine ne peut nier la mer.


Jusque-là, dit Lucien l’âne, je suis. D’ailleurs, la voix – hors une société – à qui pourrait-elle s’adresser ? De quoi parlerait-elle d’ailleurs ? Et même, parlerait-elle tout simplement et dans quelle langue pour formuler son discours ? Sans société, pas de langue ; mais surtout, sans langue, pas d’accusation possible.


Je vois, Lucien l’âne mon ami, que tu commences à comprendre la chanson. Peut-être sous-entend-elle cela, peut-être pas. Mais elle pousse à la réflexion sur le rapport entre l’individu et la société et fait paraître la confrontation entre cet individu qui entend vivre selon ce qu’on appelle la « morale naturelle » (ne pas tuer, ne pas exploiter, ne pas mépriser, ne pas laisser faire non plus ce qu’on rejette ainsi) et la société elle-même où des forces antagonistes entendent s’imposer et imposer leur domination et leurs façons de faire qui mettent à mal la société, qui la difforment, qui l’enlaidissent. L’accusation est nette, même si elle est formulée par incidence, comme en miroir.


JE NE FABRIQUE PAS DE MINES, MOI,

JE NE TUE PERSONNE, MOI,

MOI, JE NE PRODUIS, MOI,

AUCUNE FAMINE, MOI.



Oh, dit Lucien l’âne, je vais laisser la chanson dire le reste. Juste une dernière remarque pour dire que la dernière strophe me rappelle Les Singes de Jacques Brel, qui disait :


« Avant eux, il y avait paix sur terre,
Quand pour dix éléphants, il n’y avait qu’un militaire,
Mais ils sont arrivés et c’est à coups de bâtons
Que la raison d’État a chassé la raison,
Car ils ont inventé le fer à empaler
Et la chambre à gaz et la chaise électrique
Et la bombe au napalm et la bombe atomique
Et c’est depuis lors, qu’ils sont civilisés
Les singes, les singes, les singes de mon quartier
Les singes, les singes, les singes de mon quartier. »


Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde brutal, criminel, exploiteur et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Chez moi, ça se passe comme ça.

Je dois l’accepter, pourquoi pas vous ?

Moi, je ne finis rien, je commence tout.

Après tout, je ne triche pas.


Tous pareils, tous frustrés.

Dans cette société, on doit s’adapter ;

Moi, je manque de conviction pour ça

Et qui plus est, je ne veux pas.


Je ne vis ni pour le chaos, ni pour foutre le feu.

Je vous assure, je ne suis un danger

Pour personne, ni pour vous, ni pour eux.

Moi, je reste tel que j’ai toujours été.


Moi, je pense à la vie tout simplement,

Vous vous occupez de vos affaires.

Quand moi, je veux faire seulement

Au mieux, je me heurte à vos barrières.


Je suis juste un peu coloré – Et puis quoi ?

Cela vous fait mal, comme la goutte dans le gros doigt ?

Tout ne serait que noir et blanc – des enfants aux ancêtres ?

On ne peut pas vivre uniquement dans le paraître.


JE NE FABRIQUE PAS DE MINES, MOI,

JE NE TUE PERSONNE, MOI,

MOI, JE NE PRODUIS, MOI,

AUCUNE FAMINE, MOI.


Tout allait bien sur Terre avant vous, vos affaires

Et votre spiritualité incroyable ;

Votre apathie a tout foutu en l’air.

De ça aussi, vous serez tenus coupables.