mardi 3 novembre 2020

Le Virus et le Coca

Le Virus et le Coca


Parodie française – Le Virus et le Coca – Marco Valdo M.I. – 2020

inspirée de la chanson de Claude Nougaro – Le Jazz et la Java – 1962




AUTOPORTRAIT

Claude Nougaro – 1996



 

 

 

Pour ceux que ça intéresse, je joins le texte complet de la chanson de Nougaro. 

 

Le Jazz et la Java

Chanson française – Le Jazz et la Java – Claude Nougaro – 1962


Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.


Chaque jour un peu plus,

Il y a le jazz qui s’installe,

Alors la rage au cœur,

La java se fait la malle.

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue,

Elle écrase sa gauloise

Et s’en va dans la rue.


Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.


Quand j’écoute béat,

Un solo de batterie,

Voilà la java qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie bravo

À l’accordéoniste,

C’est le jazz qui m’engueule

Me traitant de raciste.


Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.


Pour moi jazz et java,

C’est du pareil au même ;

Je me saoule à la Bastille

Et me noircis à Harlem.

Pour moi jazz et java

Dans le fond, c’est tout comme,

Le jazz dit « come on »,

La java dit « go on ».


Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.


Jazz et java copains,

Ça doit pouvoir se faire.

Pour qu’il en soit ainsi

Tiens je partage en frère :

Je donne au jazz mes pieds

Pour marquer son tempo

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos.

Et maintenant, il est temps de rire, voici le texte de la parodie.



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.



Chaque jour un peu plus,

Il y a le virus qui s’installe ;

Alors la rage au cul,

La cliente se fait la malle,

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue ;

Elle se marre, elle braille

Et reste dans la rue.



Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.



Quand je sors dans une salle

Des mesures en batterie,

Voilà le covid qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie

Bravo aux artistes,

C’est le covid qui cavale

Me traitant de raciste.

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

Pour moi, covid et coca,

C’est du pareil au même

Moi, j’aime surtout la vie

Et je ris avec ceux qui m’aiment.

Pour moi covid et coca,

Dans le fond, c’est tout comme :

Le coca dit " Buvez ",

Le covid dit " Crevez ".



Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.



Cocovid et coca copains,

Ça conduit à l’enfer.

Pour survivre à ce destin,

Tiens, je partage en frère :

Je donne au coco vide du vin,

Pour marquer son tempo

Et j’offre au coca plein mes mains

Pour le jeter au bas de mon dos.



Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

lundi 2 novembre 2020

VITRINES

 

VITRINES


Version française – VITRINES – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – VetrineMaria Monti1961



 

La Marchande d'Amours

in Stabies - circa 100




Dialogue Maïeutique


 

Lucien l’âne mon ami, je vais mettre une chanson tout entière dans notre dialogue, car elle s’est imposée d’elle-même à cet endroit et qu’elle m’a guidé de sa voix si prenante quand j’essayais de donner consistance poétique à ma version française de Vetrine de Maria Monti. C’était aussi donner à Maria Monti une sœur française qui dise avec autant de tranquille passion, l’amoureuse dimension de la vie.


Venant de toi, Marco Valdo M.I., ça ne me surprend pas. Tu es capable du meilleur. Mais de qui, de quoi, quelle chanteuse, quelle chanson ?


Avant d’en venir aux réponses à tes questions, Lucien l’âne mon ami, je vais te parler un peu de cette chanson italienne, qui est une chanson d’amour où une jeune (ou moins jeune, qui sait ?) personne s’en va-t’en ville, dans le centre où il y a les rues commerçantes et les vitrines pour chercher un cadeau pour son amie ou son ami – car rien n’indique si la personne bénéficiaire de cette excellente intention est un homme ou une femme. Malheureusement, faute d’argent, elle peut juste regarder mais pas toucher et surtout, pas acheter et l’amoureuse déçue ne peut rien rapporter de ce qui s’étale dans les vitrines. C’est donc tout le drame de la pauvreté mis en chanson.


M’est avis aussi, ajoute Lucien l’âne, que c’est une variante du proverbe « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »


Maintenant, reprend Marco Valdo M.I., je réponds à tes questions. La chanson française qui a hanté tout le travail de version s’intitule « Ce Matin-là », l’auteur et l’interprète sont une seule et même personne : c’est Barbara. Comme promis, je la cite intégralement et je laisse chacun découvrir les réminiscences que je n’aurais en vérité pu éviter.


J’étais partie ce matin, au bois,

Pour toi, mon amour, pour toi,

Cueillir les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour, pour toi.


Je t’avais laissé encore endormi,

Au creux du petit jour,

Je t’avais laissé encore endormi,

Au lit de notre amour.


J’ai pris, tu sais, le petit sentier,

Que nous prenions quelquefois,

Afin de mieux pouvoir nous embrasser,

En allant tous les deux, au bois.


Il y avait des larmes de rosée,

Sur les fleurs des jardins,

Oh, que j’aime l’odeur du foin coupé,

Dans le petit matin.


Seule, je me suis promenée au bois,

Tant pis pour moi, le loup n’y était pas.


Pour que tu puisses, en te réveillant,

Me trouver contre toi,

J’ai pris le raccourci à travers champs,

Et bonjour, me voilà.


J’étais partie, ce matin, au bois,

Bonjour, mon amour, bonjour,

Voici les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

(Ce Matin-là – Barbara – L. Gnancia, 1963)


C’est avec plaisir et impatience que je m’en vais les chercher, moi, dit Lucien l’âne, ces fameuses réminiscences. Je suis très curieux de voir ce que je vais y trouver.


Fais-le, je pense que ça te plaira, dit Marco Valdo M.I. Par ailleurs, ça n’a l’air de rien ces petites frustrations du quotidien, tous ces refus, ces manques qui sont infligés à ceux qui n’ont rien ou peu, ça n’a l’air de rien, mais c’est le degré zéro de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour imposer leur domination, pour magnifier leurs possessions, pour accroître leurs privilèges, pour étendre leur pouvoir et pour la plupart d’entre eux, pour paoniser tout partout. Elle commence là, à ras du sol, cette Guerre, avec ces signes de richesse, ces faux semblants, ces pacotilles, car les riches peuvent offrir ou s’offrir tout ce qui leur passe par la tête et c’est un de leurs multiples et humiliants privilèges. L’humiliation ne vient pas tellement du fait que le pauvre ne peut tout acquérir, mais bien du fait qu’il veut acquérir. C’est cette envie qui le ronge et le détruit. Le pauvre se laisse prendre au miroir des alouettes ; c’est là le piège de la société. Maria Monti a bien vu ce piège social, ce ressort caché de l’exploitation qui fait que bien des pauvres ont comme but principal dans la vie de devenir riches et en attendant, ils font semblant d’être riches, ils s’épuisent à vouloir faire comme les riches, d’avoir les mêmes objets, les mêmes fanfreluches, les mêmes hochets, les mêmes parfums, les mêmes vêtements (même faux, même au rabais), les mêmes autos, de faire les touristes, de partir en croisière, et ainsi de suite – toute leur vie y passe, toute leur vie se meurt dans son simulacre. Face à cette réification de l’être, face à cette prétention des riches de mesurer le monde et la vie en termes d’accumulation de choses – par nature, insignifiantes, de réduire le monde et la vie à la possession, Maria Monti affirme que la seule mesure de l’homme est l’homme (au sens générique) – mais, entendons bien : l’être ramené à lui-même, comparé à lui-même et pas l’homme dans sa dimension physique, ses performances, sa corpulence, son apparence qui veut s’affirmer (plus ceci, plus cela) par rapport aux autres, pas l’homme concurrentiel et que dès lors, la seule mesure de l’amour, c’est l’amour et comme il est incommensurable, il échappe à la mesure. Il existe d’ailleurs une autre chanson française qui met bien en évidence cette arnaque monumentale que sont les vitrines. Elle s’intitulait également Les Vitrines et elle est l’œuvre de Léo Ferré. On y reviendra tout prochainement.

Oui, oui, dit Lucien l’âne, on verra ça plus tard. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde possédant, paonisant, accumulateur, riche, vénal, tentateur et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Je suis partie ce matin dans le centre

Voir dans les vitrines, les choses à vendre

Que j’aurais achetées pour toi,

Pour te donner un peu de joie,

Mais hélas payer, je ne le pouvais pas.


Je voulais entrer dans les magasins

Et demander pour toi ce qu’il y avait de bien.

Dans mes poches, j’ai cherché en vain,

Et je savais déjà qu’il n’y avait rien.


Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.


Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.

samedi 31 octobre 2020

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT

 

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT


Version française – LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il girotondo dell'abortoMaria Monti – 1977

Album : Muraglie




SANS ESPÉRANCE

Frida Kalho - 1945




Dialogue Maïeutique



Honnêtement, Lucien l’âne mon ami, je ne sais pas comment tes congénères traitent les ânesses, mais sincèrement, j’espère qu’ils les traitent mieux que les humains mâles traitent les femmes. J’admets immédiatement, pour couper court à toute polémique inutile, j’admets donc qu’il y a des exceptions et qu’il est des hommes qui se conduisent correctement. Cependant, la proportion de mecs corrects est assez réduite.


On peut toujours imaginer, dit Lucien l’âne, qu’avec le temps et l’éducation et la civilité, elle pourra s’étendre jusqu’à l’entièreté du genre. Cependant, tout est dans « avec le temps ». Quant aux ânes et à leurs pratiques sexuelles, et à leurs relations avec les ânes, la chose est bien documentée par les zoologues, les éthologues et les autres spécialistes des mœurs animales. Peut-être, cependant, pour démêler l’affaire du sexe des ânes faudra-t-il un concile. Un concile scientifique s’entend, car les ânes ne sont tout de même pas des anges et contrairement au sexe des anges – encore un de ces mystères insondables inventé par les religions – il est scientifiquement et rationnellement possible de débattre sereinement et efficacement du sexe des ânes.


En effet, c’est une matière palpable, reprend Marco Valdo M.I., mais assez parlé du sexe des ânes ; revenons à notre chanson et à son titre : Il girotondo dell'aborto LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT, qui est tout un programme, car il résume parfaitement la situation des femmes en Italie, un demi-siècle après l’instauration légale du droit à l’avortement et de cette aide salutaire qu’est l’avortement médicalement assisté. C’était une loi sage qui tenait compte de la réalité – l’avortement est un soin comme un autre, qui soigne une blessure profonde infligée à la femme et dès lors, doit être traité comme tel et qui prenait la mesure de la détresse des femmes et de leur douleur et de leur véritable besoin d’aide. Cependant, pour d’absurdes considérations religieuses, pour d’irrationnelles et idiotes croyances, les religieux ont organisé le sabotage de cette loi de santé publique. Ils ont inventé une soi-disant objection de conscience qui dégagerait le médecin de son serment d’Hippocrate (le médecin n’est pas là pour juger, il est là pour soigner) et tous ceux qui l’assistent de leurs obligations morales, éthiques et professionnelles. Il y a là comme un déni du sens même de l’engagement médical.


Dis-moi, Marco Valdo M.I., si je comprends bien, il y a des médecins qui pour des conceptions extérieurs à leur métier (et qui n’ont rien à y faire), refusent de soigner des femmes et de surcroît en violant la lettre et l’esprit de la loi commune.


C’est bien ça, Lucien l’âne mon ami, et du coup, dans presque tout le système hospitalier en Italie, l’avortement légal ne peut être effectué faute de médecins ou d’équipes médicales et les femmes en sont réduites à chercher d’un hôpital à l’autre quelqu’un qui accepte d’appliquer la loi. Résultat : les plus fortunées se font avorter en privé ou s’en vont à l’étranger, en Belgique par exemple ; et celles qui n’ont pas les moyens se font avorter dans des conditions sanitaires dangereuses – certaines sont mutilées, d’autres en meurent et toutes sont porteuses de cette immense souffrance supplémentaire. Car, il est toujours bon de rappeler que personne au monde n’avorte par commodité ou plaisir.


Oh, dit Lucien Lane, j’ai honte pour l’espèce humaine, qui au nom d’on ne sait quelle entité impalpable, laisse ses femmes à l’abandon dans ces moments si angoissants, jusqu’à la mort parfois. Mais j’ai peut-être une solution à cette incurie permanente des médecins.


Ah, oui, laquelle ?, demande Marco Valdo M.I. ; quelle pourrait bien être une telle solution ?


Eh bien, dit Lucien l’âne, il s’agirait d’enseigner dès l’enfance à tous, outre une éducation sexuelle sérieuse, solidement documentée et agréablement exposée, la bonne manière de pratiquer sans danger majeur dans de bonnes conditions et sans l’intervention médicale un avortement, au-delà duquel le médecin ne pourra plus médicalement refuser de soigner la malade atteinte d’une fausse couche et n’aura plus la possibilité de recourir au faux-fuyant de l’objection de conscience. Pour les jeunes les plus démunis, ce serait une sorte de moyen ultime d’autodéfense contre le malheur. Pratiquement, ce serait juste une question d’éducation (et là, pas d’objection de conscience qui tienne) et compte tenu du savoir ainsi dispensé suffisamment tôt dans la jeunesse, on finirait peut-être même par ne plus devoir avoir recours à l’avortement aussi massivement qu’aujourd’hui.


J’aimerais comme toi, Lucien l’âne mon ami, pouvoir parier sur l’intelligence du cœur et la conscience de l’humanité et plus encore sur sa capacité à se débarrasser des entités nébuleuses qui veulent lui dicter sa façon de vivre, c’est à mon sens la seule voie vers vie apaisée.


Je te concède qu’on en est loin dit Lucien l’âne, mais ce n’est pas une raison pour se soumettre aux diktats préhistoriques ; c’est d’ailleurs un des sens de notre « Ne jamais se soumettre, car se soumettre ce serait cesser d’exister ». Alors, tissons plus encore le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, mythomane, douloureux, injuste et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Au fond, j’angoisse chaque jour,

Chaque fois que je fais l’amour.

En plus, si jamais je tombe enceinte,

Je devrai faire semblant d’être contente.



Et si je ne peux qu’avorter encore,

On me dit qu’il y aura une mort.

Et si je poursuis ma grossesse,

On me dit : « Regardez quelle panse ! ».

Et quand j’aurai enfin accouché,

L’enfant né sera ma responsabilité.



« Ton enfant est à toi », me dit le monde

Et avec lui, sans cesse, je fais la ronde.

Quand fatiguée, je m’effondre un moment,

Mon homme me dit : « Tu étais belle avant. »