mercredi 11 janvier 2017

MOINS CINQ


MOINS CINQ


Version française – MOINS CINQ – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemandeFünf vor zwölf Campino (Andreas Frege) et Andi (Andreas Meurer) [Die Toten Hosen] – 1990
Reprise sur le disque collectif intitulé : « Nazis Raus ! (Nazis Dehors !) » en 1991, republié en CD en 2003.




Lucien l’âne, à voir ce qu’on y raconte, on ne dirait pas que c’est une chanson qui date de plus d’un quart de siècle. Elle raconte l’attaque d’un commerçant, un verdurier, un épicier turc quelque part dans une ville allemande.

Chez nous aussi, il y a des commerçants turcs qui vendent les légumes, le pain, l’épicerie. Il y a aussi le « paki », le « marocain »… Drôle comme on désigne les gens ainsi par une sorte de qualificatif générique. Comme si parlant de moi, il dirait « l’âne » ; pas Lucien l’âne, mais juste « l’âne ». À propos, le garagiste du coin est d’origine turque, mais tout le monde l’appelle Jacky. Il y a plus de vingt ans qu’il est là. Mais en face, le marchand de pneus est « italien », la supérette sur la place est tenue depuis vingt ans par des « italiens »- tiens, c’est Nino et Francesca. On remarquera que dans ces dénominations génériques, on oublie souvent la majuscule ; c’est sympathique, mais aussi symptomatique. En fait, au stade suivant et généralement à la génération suivante, les gens commencent à appeler ceux venus d’ailleurs par un nom, généralement un prénom. Mais, revenons à la chanson.

Oui, alors, reprend Marco Valdo M.I., cette histoire est simple . Comme on est en Allemagne, il est Turc, originaire de la Mer Noire, il se nomme Erdal ; le protagoniste de la chanson qui raconte qu’il va chez ce « Turc » chercher ses légumes, on comprend ainsi que cet « immigré » est là depuis un certain temps – des années sans doute. Il est là probablement depuis que l’Allemagne (la Fédérale, celle de l’Ouest) est devenue tellement obèse qu’elle a dû importer des travailleurs étrangers – spécialement, Turcs ou Grecs, pour suppléer à son manque de main d’œuvre pour remplir les fonctions et les tâches subalternes de la société. Cependant, il faut quelques années, sans doute de longues années, à un immigré pour installer un commerce et ensuite, avoir pignon sur rue. Dans la chanson, il n’est pas dit s’il est de première ou deuxième génération d’émigration. Par ailleurs, si cette histoire s’était déroulée ailleurs en Europe (disons, de l’Ouest), il aurait tout aussi bien pu être Kurde, Roumain, Bulgare ou si l’on élargit le spectre à la Méditerranée : italien, marocain, grec, algérien ou même, portugais ou espagnol.

Oui, cela peut se produire maintenant ici, à tout moment, dit Lucien l’âne. C’est devenu banal.

C’est bien ce qui encore plus inquiétant, dit Marco Valdo M.I. On aurait pu penser que ces attitudes xénophobes s’estomperaient avec le temps et avec la banalisation de la présence des émigrés – de tous horizons, dans les villes et les agglomérations d’Europe. Il semble bien que ce ne soit pas le cas et que contrairement à ce qu’on pouvait espérer il y a une cinquantaine d’années, l’humanisation de la société n’arrive pas à éradiquer les comportements imbéciles.

Dans quoi donc vasouille notre « civilisation » ? Quels sont ces gens qui traitent les autres par le mépris, les maltraitent, les matraquent et finissent par les tuer ? Sont-ce vraiment des gens, ces gens-là ? Il est vrai que bon nombre d’entre eux cherchent le sens de leur propre vie dans des entités extérieures à eux-mêmes prétendent appartenir à un groupe, un parti, une nation, une religion, un Dieu, un Prophète ou que sais-je encore. Dans tous les cas, une seule chose ressort de ce constat, c’est qu’ils ne s’appartiennent pas et ispo facto, se transforment eux-mêmes en pions, en sujets obéissants d’une chose qui les envoûte, qui les englue, qui les englobe, qui les enferme. Ils vivent prisonniers d’une entité qui les manipule.

Ainsi, conclut Lucien l’âne, l’homme a encore pas mal de chemin à faire pour devenir lui-même et ne plus envier ou haïr ses semblables. Par parenthèse, un des premiers pas vers l’humanisation de l’homme serait qu’il accepte d’être lui-même, qu’il se débarrasse des armures psychologiques dans lesquelles il s’enferme et qu’il garde pour lui-même ses croyances bien au chaud dans son intimité. Je dis cela, car dès lors qu’il ne ferait plus état, ni usage de ces béquilles mentales, il grandirait à ses propres yeux et entretiendrait des rapports détendus avec les autres humains. Ce serait un excellent début. Quant à nous, chi siamo somari, reprenons notre tâche, aidons l’humanité à se débarrasser de ces poids encombrants et trompeurs et tissons de ce fait le linceul de ce vieux monde envieux, avide, ambitieux, absurde, atroce et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Chez lui, j’achetais toujours mes légumes.
Il a dans la trentaine, un enfant et une femme.
Nous nous comprenons très bien,
Nous buvons parfois une bière ensemble
Au café d’en face,
Quand on s’y rencontre.
Lundi, son magasin si matinal
Au lever n’était pas ouvert encore.
Des voisins me dirent,
Il est à l’hôpital.

Erdal vient de la Mer Noire,
Cependant, il habite dans notre ville.
Il est chez lui ici.
Erdal – peux-tu m’entendre ?
Cela se passe toujours ici aussi –
Je suis avec toi, l’ami !

Il a buté dans vos rangs,
En marchant dans notre rue paisiblement.
Vous chantiez des slogans,
Ne plus jamais voir Erdal.
Seul, il a essayé encore de résister,
Vous étiez bien cinq contre Erdal.
Avant que ça ne soit commencé ,
C’était aussi déjà terminé.

Qui ici croit encore
Que cela ne nous concerne en rien ?
Quand vient la rage
Qui desserre tous les freins ?

Erdal – tu m’entends ?
Je veux te dire seulement ,
J’ai honte de tout ceci !
Erdal – tu m’entends ?
Face à ce qui se passe encore ici -
Je suis avec toi, l’ami !
Erdal vient de Turquie
Et celui qui ici est contre lui,
Est mon ennemi aussi !

lundi 9 janvier 2017

Ils ont marché sur la Lune

Ils ont marché sur la Lune


Chanson française – Ils ont marché sur la Lune – Jacques Debronckart – 1969

Interprètes : Isabelle Aubret et Christophe. (Mp3 : http://musicandmusic.centerblog.net/2365-isabelle-aubret-ils-ont-marche-sur-la-lune)






Lucien l’âne mon ami, il est des chansons qui passent inaperçues et qui mènent une petite vie de chanson sans jamais atteindre à la notoriété auprès des grandes foules. C’est le cas de cette chanson de Jacques Debronckart, dont je n’ai pas trouvé le texte et j’en ai donc fait une transcription « à l’oreille ». C’est toujours délicat ces transcriptions à l’oreille, surtout si la chanson est ancienne et qu’on ne dispose pas d’un enregistrement de bonne qualité. De plus, c’est une chanson enfantine et qu’une partie est chantée par un enfant.

La chanson enfantine est un genre un peu trouble : il se doit d’être enfantin, de s’adresser aux enfants, tout en sachant qu’il parle aussi aux adultes.

Quel mic-mac entre les Dupondt et le Pierrot Lunaire de Giraud, celui de Brahms et celui de Schoenberg, on s’y perd, sans compter le Tintin marchant sur la Lune avec 15 ans d’avance d’Hergé et rencontrant les scaphandriers marcheurs étazuniens.

Une chanson d’actualité puisque c’est le jour où Eddy Merckx remporte son premier Tour de France sur les Champs-Élysées, ce qui devait plaire à Tintin et Haddock scotchés devant leur télé et qui ont découvert dans la même journée que deux Zétazuniens, qui étaient partis bien avant eux, arrivent quatre heures plus tard qu’Eddy à l’étape du jour, mais il est vrai, sur la Lune.

C’était aussi une étape dans la grande compétition internationale entre États dans le Tour de la Guerre. Tiens, ils recommenceraient bientôt qu’on ne s’en étonnerait pas.

À mon avis, ils n’ont jamais cessé. C’est juste la forme et les lieux qui ont varié. Cependant, je te comprends, le Tour de la Guerre revient d’Ukraine et de Syrie ; on dirait une noria tirée, poussée par un baudet aveuglé et la pierre moud, moud, moud les gens comme si c’étaient des grains à faire une farine pour enrichir les riches meuniers. Écoutons la chanson et reprenons notre tâche et tissons, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, compétitif, militaire, belliciste et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ils ont marché sur la Lune, tu sais ;
Ils ont marché sur la Lune, c’est vrai !
Ils ont mis le pied là-haut,
Chez Pierrot,
Sur la Lune,
Sur la Lune, sur la Lune !

Alors, dis-moi !
Dis-moi, pourquoi,
Je n’ai pas le droit
De mettre le pied, c’est vrai
Sur les pelouses de la Terre ?
La Terre est à nous, tu sais,
Tandis que la Lune, elle est aux Lunaires.

Et pour aller sur la Lune, tu sais,
Marcher sur la Lune,
Ils ont allumé un feu merveilleux,
Le plus grand feu
Qu’on ait jamais vu, tu sais
Pour aller sur la Lune.

Alors, dis-moi !
Dis-moi, pourquoi,
Il y a des enfants qui meurent de froid
Dans certains pays.
Le maître me l’a dit.
Et pourquoi, en hiver
On n’allume pas
Des feux comme ça
Partout sur la Terre, pourquoi ?

Et pour aller sur la Lune, tu sais,
Sur la Lune, c’est vrai,
Sur la Lune,
Il a fallu des milliards, des milliards,
Des milliards de dollars
Pour aller sur la Lune.

Alors dis-moi !
Dis-moi pourquoi
Il y a des malheureux
Et pourquoi
Dans tous ces milliards,
Pourquoi
Il n’y en a pas un ou deux
Pour eux ?

Tu as raison, cent fois raison,
Mais vois-tu, vois-tu, petit garçon,
Peut-être un jour, les gens de la planète Terre
Deviendront meilleurs pour leurs frères
Quand ils auront marché sur la Lune, tu sais
Sur la Lune, c’est vrai.
Sur la Lune,
Ils ont mis le pied là-haut,
Chez Pierrot,
Sur la Lune,
Sur la Lune, sur la Lune !

dimanche 8 janvier 2017

Ils ont brûlé

Ils ont brûlé

Chanson française – Ils ont brûlé – Marco Valdo M.I. – 2017






Avant de parler de la chanson, Lucien l’âne mon ami, je reviens un instant sur son titre et sur son antienne.

D’accord, Marco Valdo M.I. Et pour dire quoi exactement ?

Ceci très exactement que cette chanson comme d’autres de celles que j’ai écrites, est bâtie sur une ritournelle qui m trotte en tête ou sur une chanson antérieure qui me sert de canevas. Ici, c’est une chanson de Léo Ferré qui sert de base à cette histoire : « Ils ont voté », dans laquelle Léo Ferré dit, notamment :

« Ils ont voté et puis, après ? »

Ce qui pour moi reste la question centrale qui se pose à la « démocratie ». Il suffit de penser à quelques grands pays de notre monde… Je te laisse le choix.
Ici, il ne s’agit pas seulement de voter, mais aussi de brûler. Et ça sent.
Je raconte l’affaire pour qu’on situe la chanson. Elle se réfère à un événement tout, tout, tout récent.

Dernière petite nouvelle d’Italie :

Dans la région de Florence, quelque part en Toscane, le 3 janvier 2017, à 11 heures du matin, ils ont brûlé un bâtiment détruisant tout le matériel de La Ronce, une commune agricole autogérée. Un repaire de communistes ? Oui, la Ronce est une commune comme en faisaient autrefois les socialistes, les anarchistes et les communistes – avant qu’ils ne deviennent des apparatchiks de bas étage.
La Ronce accueille aussi des réfugiés, des émigrés.
Elle s’est bâtie au fil des années sur cette terre en désuétude, sur cette terre abandonnée. La loi italienne de 1948 prévoyait pourtant que les terres abandonnées étaient libres d’occupation et qu’elles revenaient alors à ceux qui les entretiennent et les cultivent. L’a-t-on abrogée cette loi ?
Je ne sais, mais on a pris prétexte de l’occupation de la terre pour refuser d’alimenter la commune en électricité.
Les gens de la commune n’ont pas baissé les bras. Ils se sont passé des raccordements à la modernité urbaine.
La Ronce : c’est le travail en commun, c’est les légumes et les fruits au naturel et frais, c’est un lieu d’accueil et de fêtes aussi. On y travaille, on y chante, on y mange, on y boit et mille autres jolies choses aussi. Elle augure d’un autre monde.
Mais ça ne plaît pas. Alors ? Alors, on brûle. Ô, on ne sait pas qui, ni vu ni connu. Ô ce sont certainement des malfaiteurs qui ont fait ça. Des malfaiteurs ? On a déjà connu ça vers 1920 : ils se nommaient eux-mêmes des fascistes.
Au début aussi, on brûla juste un bâtiment pour donner un avertissement, pour impressionner, pour faire peur. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.
Puis, on brûla une grange, on brûla une ferme, on en brûla plusieurs. Puis, on bastonna les paysans, puis, on tua les gens. La chose fit scandale un moment. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.
De fil en aiguille…
On connaît la suite : elle mit le monde à feu et à sang.
Donc, ça recommence : c’est un recommencement.
Dans le fond, la chose arrange bien les gouvernants.
Et pas seulement en Italie…

La question est : va-t-on une fois encore fermer les yeux et faire semblant de rien ?


Je vais conclure, dit Lucien l’âne, car tel est mon rôle. Joseph – sur la couverture de Dachau Express – disait :

« Refuser le fascisme. La bête vit encore. Elle sourit à la télévision ».

Il est temps de relire L’Ode à Kesselring ! Dans laquelle Piero Calamandrei, un Florentin perspicace, disait : Ora e sempre : Resistenza !
Il le disait à Kesselring, mais ça vaut pour les autres nazis et fascistes :

Si tu voulais un jour revenir sur ces routes,
Tu nous trouverais à nos postes :
Morts et vivants avec le même engagement,
Peuple serré autour du monument
Qui s'appelle
Aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE !

Nous, on est là, dit Lucien l’âne. On n’en démordra pas. Jamais. C’est notre tâche et notre volonté de tisser le linceul de ce vieux monde avide, hargneux, envieux, sournois, fourbe et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane




Ils ont brûlé
Et puis après ?
Chez ces gens-là, c’est une habitude,
Jamais tombée en désuétude.
Hier encore, près de Florence,
Ils ont brûlé la Ronce.
Ils sont fascistes :
Ça existe.
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils brûlent les livres,
Ils tuent les gens.
Ils rôdent depuis longtemps,
En rangs sur la même piste.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Au début, ils bavaient dans leur coin,
Puis, ils sont sortis dans les campagnes,
Ils ont brûlé les fermes et les foins,
Ils ont chassé les gens et leurs compagnes,
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Puis, ce fut le tour des villages,
Puis, ce fut dans les villes,
Ils rôdent près des usines ;
Partout, ils laissent leur odeur d’urine,
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
La caque sent toujours le hareng.
Ils jouent aux hommes parfois :
Ils sourient, ils font semblant,
Mais nul n’est dupe de ces gens-là.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils vont à la télé, ils ont l’air de braves gens ;
Certains fascistes sont intelligents,
Ils parlent de démocratie en souriant
Et méprisent les autres gens.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Il y en a partout
Dans les parlements, dans les partis,
Dans les églises, sur les parvis,
Il y en a près de chez nous.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils ont des représentants
Ils sont ministres au gouvernement,
Dans des villes, des pays, sur d’autres continents
Ils sont élus présidents.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Ils n’aiment pas qu’on vienne d’ailleurs,
Ils portent les costumes, elles s’habillent en tailleur.
Ils parlent de bonheur, ils apportent le malheur.
Ils se disent apôtres, elles se déguisent en fleurs.
Ils sont fascistes,
Évidemment !
Et puis après ?

Ils ont brûlé
Et puis après ?
Chez ces gens-là, c’est une habitude,
Jamais tombée en désuétude.
Hier encore, près de Florence,
Ils ont brûlé la Ronce.
Et puis après ?
Ils brûlent les livres,
Ils tuent les gens.
Ils sont fascistes
Ils rôdent depuis longtemps
En rangs sur la même piste.
Et puis après ?
Après ?
Après, ils restent fascistes
Évidemment !

samedi 7 janvier 2017

Toute l’Allemagne transpire


Toute l’Allemagne transpire



Version française – TOUTE L’ALLEMAGNE TRANSPIRE – Marco Valdo M.I. – 2017
Chanson allemande – Ganz Deutschland im Fieber – Juliane Werding – 1995




« Toute l’Allemagne transpire », quel titre fabuleux, Marco Valdo M.I. mon ami. J’aime autant ne pas y penser, car rien que d’y penser je me sens mal. Imagine l’atmosphère !

Comme dirait Bartleby : « I would prefer not to». C’est d’ailleurs, Lucien l’âne mon ami, l’attitude de Juliane Werding vis-à-vis de toute l’agitation sportive et le fanatisme du fitness dominical et vespéral. Comme tu l’entendras, elle – dans ces cas-là, elle reste au lit. C’est du moins le sens revendicatif de la chanson. Dans les faits, c’est aussi une chanson contre l’effort et sa mythologie, contre le « arbeit macht frei » de si jolie mémoire.

À propos de formules qui se rencontrent ou qu’on fait, comme tu viens de le faire, se rencontrer, je trouve ce tandem : « Arbeit macht frei » – « I would prefer not to », absolument renversant et délicieux et conforme, me semble-t-il, au personnage de Melville et à sa confrontation obstinée et en sens contraire avec la logique de Wall-Street.
Mais quand même, tout cela nous éloigne assez de Juliane et d’Essen ou de Berlin, qu’importe. Toute l’Allemagne transpire : il y a ses odeurs, il y a ses allures et ses tenues rigoureusement à la mode. On ne transpire pas n’importe comment, ni n’importe où. Juliane, elle, se tient en son lit le dimanche matin – comme dans la vieille chanson française : « Le dimanche matin, c’est le moment rêvé pur faire la grasse matinée » et en son chez soi, les soirées de semaine. En quoi, elle aurait reçu l’entier soutien de Winston Churchill, lequel interviewé le jour de ses 90 ans sur sa longévité remarquable, répond un porto dans une main et un havane dans l’autre : « Never sport ! ».

C’est drôle cette chanson. Moi, je l’aime beaucoup et Marco Valdo M.I. mon ami, elle me rappelle tout à la fois Boris Vian Je ne peux pas travailler et Henri Salvador Le Travail, c’est la santé. Et j’ajouterais volontiers, une de tes canzones : Dormir. Pas étonnant que tu aies été dégotter cette chanson de Juliane Werding.

En fait, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. D’une certaine manière, il y a une cohérence dans ce monde ; en quelque sorte, tout se tient.
C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète aussi, car ce grand mouvement moutonnier d’une large frange de la population allemande et cette aspiration aux exercices au grand air et aux entraînements excessifs font remonter des effluves inquiétants. Oh, je ne parle pas de ces relents de transpiration qui doivent parfumer ces jeunes gens énergiques, je pense plutôt à des remugles anciens. On pratiquait beaucoup le sport en tenue appropriée en Allemagne dans la première moitié du siècle dernier ; ces exercices d’hygiène collective ont conduit à d’innommables défilés. Il y eut d’ailleurs à l’époque toute une jeunesse rétive à la sportivité organisée et musculeuse et tout spécialement, dans la région de la Ruhr où se trouve Essen ; comme tu sembles t’en souvenir, il s’agit bien évidemment des Edelweiss Piraten, dont Franz-Josef Degenhardt racontait l’histoire en l’année 1941.

En fait, considéré de ce point de vue, dit Lucien l’âne en riant, Juliane fait de la résistance.

Évidemment et ce n’est pas un hasard, déclare Marco Valdo M.I., il suffit de voir d’autres de ses chansons. Mais que dit-elle exactement dans celle-ci ? En fait, elle fait une peinture de genre, elle peint une certaine partie de population qui se livre à ces pratiques sautillantes et elle entend se démarquer nettement de cette coterie. Ce qui n’est pas directement dit, mais qui est exposé, c’est la fracture sociale et les comportements qu’il convient d’adopter si l’on aspire à utiliser l’ascenseur social, à être dans le coup, à profiter de la conjoncture. Et si on replace cette appétence dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans, on comprend le « I would prefer not to » que Juliane oppose à l’effort socialement bien considéré. C’est le sens de tous les signes de reconnaissance sociale, en l’occurrence, c’est la marque (les marques, les bleus, les crampes) de l’appartenance (volontaire) au groupe des prétendants, ceux marqués au signe du buffle, selon Heinrich Böll.

Arrête, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête tout de suite, tu t’envoles, tu vas te predre dans ton propre discours. On sait toujours quand et où tu commences, mais on ne sait jamais tu vas, ni quand tu vas aboutir. Je te dis halte, suffit, on y reviendra. Maintenant la chanson et puis continuons notre tâche simple et tissons le linceul de ce vieux monde sportif, attelé à l’effort, musculeux et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dimanche matin, quand le soleil sourit,
On s’entraîne dehors,
En short et tricot de sport.
Voyez-les déguisés en Pochettes-surprise,
Manger des Power-Food, d’ISO drinks se gaver,
Courir en baskets dans les bois,
Et faire du vélo par plus de 30 degrés.
C’est admirable, mais pourquoi, pourquoi ?

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.
Lundi matin – je suis fraîche et dispose,
Les autres sont foutus,
Malgré leurs bleus et leurs crampes
C’est encore tout pour le sport et les exercices
À midi du pissenlit en salade
Et du thé vert, par-dessus
Et le soir quand chez moi, je me délasse,
Alors, ils suent au club de mise en forme.

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.

vendredi 6 janvier 2017

La Source


La Source

Chanson française – Isabelle Aubret – 1968
Interprète : Isabelle Aubret
Auteurs : Henry Djian – Guy Bonnet







La Source, Lucien l’âne mon ami, est certainement une des plus belles chansons du répertoire de langue française, une source sourçant tout droit d’une légende répercutée par un film suédois ; intitulé en français : La Source. Cependant, pour la commenter, il eût mieux valu une fille ou une femme ou une ânesse, bref, un être du genre féminin, car, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, nous autres, avec nos sabots – mes gros et tes petits – nous sommes trop sujets à certaine pesanteur et nous manquons, je tel dis en vérité, un peu de légèreté. Notre habitude est grande de mettre les pieds dans le plat et je vais m’empresser de le faire à l’instant.

M’est avis, Marco Valdo M.I., que tu tournes autour du pot ou comme on dit chez nous, tu touilles. Alors, viens-en au fait et à la canzone.

C’est une chanson qui sous des dehors de conte, de légende ou de comptine, raconte une histoire terrible : une histoire de viol et de meurtre. Une histoire qui créant par là même une source et comme tu le sais, les sources sont éternelles – relativement autant que la terre d’où elles surgissent et cette source est la dénonciation de ce viol-assassinat collectif aussi longtemps que la source coulera. Mais, bien évidemment, tu t’en doutes, elle ne dénonce pas seulement ce fait crapuleux particulier, mais elle dénonce toutes les violences que les hommes – seul ou en bande – font aux femmes. En cela, elle est une chanson aussi éternelle que la source qu’elle a engendrée.

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, quelle bonne idée, tu as eue d’aller rechercher cette chanson au fin fond de ta mémoire et de nous la restituer. D’autant meilleure qu’il ne sera jamais dénoncé assez ce foutu penchant masculin, brutal et stupide, de s’en prendre aux femmes. Moi qui suis d’une autre espèce d’homme, de celle qui s’efforce d’atteindre à l’humanité morale et juste, qui ait le plus grand et le plus délicat sentiment de la liberté de l’autre – quel que soit son sexe, je peux assurer que l’homme ne deviendra jamais humain, l’homme n’atteindra à sa propre humanité que du jour où il aura banni cette violence stupide de son comportement quotidien, de ses actes de tous les jours. Cela suppose un effort constant de maîtrise de soi, de remise en cause de ses propres gestes, du fondement de sa personnalité. La chose n’est pas simple : elle demande du courage et de la persévérance ; elle demande aussi de rejeter certaines injonctions religieuses ou sociales. Il s’agit d’être une être humain et de ne plus se soumettre à des ukases prophétiques ou divins.

J’entends bien tout cela, Lucien l’âne mon ami, et je pense que tu as raison. Simplement, j’ajouterai qu’il faut aussi prendre en compte tout ce que cette sale habitude des hommes de vouloir dominer les femmes est probablement une des racines les plus solides de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (ici, les hommes qui se croient tels) font aux pauvres (ici, les femmes que les « mâles » croient telles) afin d’imposer leur domination, de satisfaire leur boulimie, de maintenir l’atmosphère de peur et de terreur et de prolonger et de renforcer leur régime d’exploitation (ici de la femme). Et cette sale habitude est installée dans leur comportement dès l’enfance et renforcée par la religion qui est franchement misogyne.

En effet, Marco Valdo M.I., partout où je suis passé, ce que tu rapportes était exact. Mais alors, si cela est exact, pour extirper ce mal, il faut s’y prendre dès l’enfance et en corollaire, il faut empêcher les religions de nuire aux enfants, tout comme il faut empêcher les religieux d’avoir accès à l’enfance et à son intimité. Ce serait là de premières mesures prophylactiques. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde violeur, violent, avide, boulimique et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Elle était blonde, elle était douce,
Elle aimait à se reposer
Dans le bois couchée sur la mousse,
Écoutant les oiseaux chanter.
Un jour qu’elle allait à la ville,
Par le bois où elle passait,
Elle vit soudain, immobiles,
Trois hommes qui la regardaient
Trois hommes qui la regardaient

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Ils étaient là trois à l’attendre,
Trois hommes loups, cette brebis,
Elle avait la chair bien trop tendre,
Ils avaient bien trop d’appétit.
Elle ne savait pas défendre
Le souffle léger de sa vie ;
Elle tomba sur l’herbe tendre
Comme un oiseau tombe du nid,
Comme un oiseau tombe du nid.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Quand on l’a soulevée de terre
Comme une grande fleur coupée,
Sa robe blanche et la lumière,
On aurait dit une mariée ;
Quand on l’a soulevée de terre
On aurait dit comme un grand lit
Entre les feuilles, entre les pierres,
Une claire source a jailli,
Une claire source a jailli.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

jeudi 5 janvier 2017

RELIGION


RELIGION

Version française – RELIGION – Marco Valdo M.I.– 2012
Chanson allemande – Religion – Slime – 1983







L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, comme tu le sais, je cherchais une chanson athée en langue allemande. Comme ça, pour voir s’il en existait. Enfin, une chanson franchement athée, une chanson qui dit son fait aux dieux, aux religions et aux religieux, une chanson qui énonce clairement les griefs que tout homme sensé a contre dieux, religions, religieux, prophètes et autres charlatans. D’aucuns penseront que c’est là une marotte et ils auraient raison. C’est une marotte de désintoxication, car il s’agit bien de désintoxiquer l’espèce humaine de ces miasmes.

Donc, tu cherchais une chanson de langue allemande contre la religion, les religions, les religieux, le religieux et tous les dieux. La question que je me pose est de savoir si tu as trouvé une telle chanson (on le dirait bien), de qui elle est et ce qu’elle raconte.

En fait, je voulais aussi faire un peu le point sur cette question centrale de la nécessité de l’athéisme aux moments où les religions, religieux, prophètes, etc. réenvahissent la monde à grand bruit de bobards, de bottes et de bombes. Je voulais aussi voir comment un tel problème serait abordé. Ainsi, je suis fort surpris de ces derniers vers, où il est que les « églises sont toujours pleines ». C’est très étonnant, mais il s’agit d’une chanson allemande et d’il y a trente ans. Ce n’est évidemment plus le cas dans nos régions et depuis longtemps, où tant le sentiment d’appartenance à une religion que la pratique religieuse sont en chute libre ; malheureusement, elles n’ont pas encore atteint le sol. Elles poursuivent cependant d’année en année leur bienheureuse descente. Selon les études, il semblerait que cette tendance soit semblable en Allemagne, mais avec un certain retard.

Alleluia !, s’écrie Lucien l’âne en se dandinant comme à l’office. Alleluia !, mais au fait que dit cette chanson ?

Au fait ?, eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette chanson est véritablement une attaque frontale contre la religion – essentiellement, dans les formes pratiquées majoritairement en Allemagne, c’est-à-dire chrétienne protestante ou catholique et musulmane. Ce qui fait quand même la quasi-totalité des croyants et des religions locales. Je résume son propos : la religion est un tissu de mensonges, les dieux n’ont jamais existé, elle a tué des millions de personnes, elle est un opium pour le peuple, elle est un instrument d’oppression.

Oh, dit Lucien l’âne. Ce sont là toutes des choses exactes, comme on le voit si on jette un rapide coup d’œil sur l’histoire des humains et moi qui ai couru le monde avant l’arrivée de celles-ci, je peux te dire que les précédentes ne valaient pas mieux. En fait, la religion est un instrument de pouvoir, elle l’a toujours été et si on la regarde au travers du prisme de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres, même si parfois certaines d’entre elles prenaient le parti des pauvres, ce ne fut jamais qu’une attitude minoritaire, considérée comme hérétique, excommuniée, exilée, bannie et pourchassée jusqu’à travers les déserts, les plaines et les montagnes et le plus souvent, éliminée par la terreur et les massacres. Les religions et les religieux ne sont pas tendres entre eux, mais ils le sont plus encore avec les athées. Tiens-toi le pour dit, Marco Valdo M.I. mon ami, raison pour laquelle il nous revient de tisser le linceul ou le (saint) suaire de ce vieux monde religieux, croyant, crédule, bigot, dévot, pieux, mystique, fétichiste, illuminé, fanatique et cacochyme.

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Ne me dites rien de vos dieux,
Car ils n'ont jamais existé.
Jésus Christ ou Mohammed ou les deux
N'empêchèrent jamais la guerre d’éclater.
N'affirmez pas que vous connaissez
La réponse à la question qui vous ronge !
N'affirmez pas que vous dites la vérité,
Parce que votre vérité est mensonge.
Religion signifie oppression ;
La religion, c'est l'opium du peuple ;
Elle a tué des millions de personnes
La religion, mais les églises
Sont encore toujours pleines.

Vous avez béni la bombe
D’Hiroshima et Nagasaki
Tout comme vous étiez solidaires
De Mussolini et Hitler.
Ça vous est égal de savoir qui est au pouvoir
Du moment que vous y
êtes aussi.
Vous amputez les gens de leur
vouloir
Avec votre hypocrisie.
Religion signifie oppression ;
La religion, c'est l'opium du peuple ;
Elle a tué des millions de personnes
La religion, mais les églises
Sont encore toujours pleines.