mercredi 4 novembre 2015

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES

L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES



Version française – L'HYMNE DE LA CANAILLE OU MARCHE DES REBELLES – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne – L'inno della Canaglia, o Marcia dei ribelliPietro Gori1891

Te
xte de Pietro Gori
Su
r l'air de l'Inno dei Lavoratori

Musique de Carlo della Giacoma


Vive le soleil de l'Anarchie,
Tout en paix et tout amour.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,

Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.





« L'écrit de Pietro Gori, qui apparaît dans le volume Battaglie et comme sous-titre porte Marcia dei ribelli, en réalité est beaucoup plus long que le chant connu jusqu'à présent et il a été écrit à Milan, dans la prison de San Vittore, le 17 Juillet 1891 où Gori se trouvait enfermé pour une condamnation à dix jours. Le texte que nous rapportons, plus complet, provient de deux sources d'archives différentes qui le certifient comme original. Une de ces sources est Procure Générale de Rome qui ordonna 'la séquestration de l'autre publication intitulée Inno della canaglia - Marcia dei ribelli dont on joint au présent une copie pour le délit repris aux articles 247 et 246 du Code Pénal'. Gori lui-même rappelle l'événement : 'Un soir de juillet 1891, la Questure de Milan pensa à sauver les institutions. Une bande d'amis (hélas, c'étaient des anarchistes !) traversait le Cours pour se rendre à prendre une glace des plus économiques qui se puisse imaginer… elle coûtait 10 centimes ! Tout à coup, nous tomba dessus un inspecteur de PS (Police d'État) avec sa grande écharpe, résonne une sonnerie de trompette. Cinq de mes compagnons et moi , nous sommes saisis avec la délicatesse bien connue de celui qui a eu à faire avec la police italienne : ils nous conduisent à la Questure ; ils nous poursuivent en justice en urgence ; et deux jours après le magistrat, qui, parmi ses autres belles connaissances de Procédure pénale, sait qu'il ne doit pas cracher dans le plat où il mange, nous condamne à dix jours d’arrêt aux termes des articles 5 et 6 loi de PS et 434 Code Pénal ; en nous refusant même la liberté sous caution.'  » (Catanuto/Schirone, et 2009, pp. 69/70)




Ô frères de travail, compagnons de misère,
Qui aux lâches héros de l'or,
Donnez vos bras et vos forces;
Ô sœurs d'effort,
Ô compagnes de chaînes
Nées dans les tourments et dans les peines,
Et grandies dans la douleur.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Marchons, sans peur !
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Nous fécondons la terre ;
Sueur et pleurs, nous versons
Pour orner de riches parures
Cette infâme civilisation.
Les mines et les ateliers,
Les rizières, les champs, les océans,
Nous ont vu peiner
Pour le bonheur des puissants.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.
Les patrons nous ont volé
Notre salaire et notre vie,
Tout le bonheur, ils nous ont ôté,
Tout espoir et toute envie.
Nos sœurs, ils ont séduites
Ou par la faim, ils les ont obligées,
Puis abandonnées ensuite,
Sans pain et déshonorées.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Les messieurs nous ont promis
Lois équitables et douce affection
Et les prêtres nous ont dit
Qu'au ciel, la joie nous aurons.
Et entre-temps sur cette terre
Pour nous pauvres, c'est l'enfer ;
Pour les riches, la joie profonde,
Dans la vie et dans la tombe.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Quand nous demandions le pain et la science
Ils nous jetèrent au visage
Insultes, menaces et dédain
Nous refusant la science et le pain .
Quand rebelles au joug austère,
Nous oubliâmes les prières,
Ils nous ont entrouvert leurs prisons
Et rebelles en vain, nous pestons.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Quand nous descendîmes dans la rue,
Des frères armés pour la guerre
Vinrent affronter les colères
De nos frères mutinés.
Tandis que les riches des palais,
Pour qui nous les avons édifiés,
Sans remords et sans pitié,
Nous ont fait mitrailler.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Chantons et levons le bras
Contre les lâches et les rois ;
Rebellons-nous face aux absurdités
D'une hypocrite société.
Au-delà des mers et par-delà les monts
Tenons nos bataillons serrés,
Sus, combattons, combattons
Pour notre humanité.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Levons nos enseignes,
Agitons nos drapeaux ;
Les étendards noir et rouge
De notre vaillant âge nouveau.
Combattons pour la justice
Avec l'ardeur de l'espérance,
Pour l' humaine fraternité,
Pour l' humaine liberté.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

Combattons tant qu'un opprimé
Sous le poids de la croix
Élève vers sa faible voix
Tant qu'un oppresseur pourra régner.
Que bien haut le soleil lumineux brille
De l'Idéal solennel pour toujours…
Vive le soleil de l'Anarchie,
Tout en paix et tout amour.
Allons alors à la bataille ! …
Vaincre ou mourir,
Debout, sainte canaille,
C'est la chanson de l'avenir.

mardi 3 novembre 2015

HYMNE DES TRAVAILLEURS (CHANT DE GUERRE)

HYMNE DES TRAVAILLEURS

(CHANT DE GUERRE)



Version française – HYMNE DES TRAVAILLEURS (CHANT DE GUERRE) – Marco Valdo M.I. – 2015
Chanson italienne (sur l'air de la Marseillaise) – Inno dei lavoratori (Canto di guerra) Pietro Gori1892

Chanson écrite par Pietro Gori dans la prison de San Vittore, à Milan, arrêté pour sa participation à la manifestation du Premier mai pendant lequel, comme il arriva tous les ans dans la décennie 1888-1898, il avait éclaté le énième affrontement dur entre les travailleurs et la police.




Vois, Lucien l'âne mon ami, ceci est un chant de combat, écrit par Pietro Gori sur l'air de la Marseillaise… en 1892, soit un siècle après la chanson des volontaires de l'Armée du Rhin, des paysans, des ouvriers - les fameux citoyens - appelés « Aux armes ! » pour assurer leur autodéfense et créer un avenir de liberté, d'égalité et de fraternité. Un avenir qui se fait certes encore attendre et donne toute leur obsédante actualité à ces chansons.

Il vaut la peine, je le pense bien, de prendre connaissance de ces chants anciens. 

Même si leur langue est celle d'un autre temps et impose de lire attentivement, avec tout le recul nécessaire, le texte original. Il s'agit d'apprendre à lire dans sa propre langue et de se réapproprier ses mots. C'est un effort, peut-être… Mais quel bénéfice on en tire en finale. Mieux connaître sa langue, c'est aussi mieux se connaître, mieux penser.

Et cela entraîne loin du bêtisme bêtifiant des petits et des grands écrans… C'est aussi une des raisons pour lesquelles il me plaît de saluer les Chansons contre la Guerre et ceux qui les ont conçues. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde infantile, gâteux, bêtifiant et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Ô prolétaires qui vendez bras et pensée
Aux rois tyrans de l'or, prenez
Les armes pour la justice et la vérité.
Relevez vos têtes obstinées.
Le vieux monde déjà croule en ruines
Et à l'horizon monte l'aurore
Où l'idée rebelle marche marche
Aux armes les miséreux, l'heure est arrivée ! …
Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Nous avec nos longues sueurs par les plaines et les vallons
Nous fécondons les blonds champs de moisson.
Nous, pour le ventre de messieurs avides
Nous travaillons le ventre vide.
Nous fabriquons leurs palais magnifiques
Et nous avons à peine un grenier, une mansarde.
L’oisiveté des riches aurait joie et aise
Et nous, honte et misère et de tristes cambuses.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Messieurs, elle devient trop amère
Votre coupable boisson et elle nous brûle la bouche.
Le calice est plein, l'heure est solennelle
Et la mesure du chagrin déborde.
Aux armes, aux armes, hérauts inquiétants
Et détruisons cette vorace oppression.
Ô vaillants travailleurs, ô forts bataillons,
Pour la grande rébellion, en avant ! …

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Si nous fûmes toujours patients et courtois
Face à chacune de vos impitoyables menaces,
Patrons honnêtes, paisibles bourgeois
Avancez et regardons-nous en face.
Il y a tant de temps qu'opprimés, exploités
Tristes, nous ravalâmes les douleurs et les peines
Mais désormais voyez, nous nous sommes comptés ;
Nous sommes forts et nombreux et nous brisons nos chaînes.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Notre ouvrage méticuleux a habillé
De pourpre et d'or vos dames.
Pour vous, nous créâmes par un dur métier
Les vases et les cristaux lumineux de vos dîners
Mais sous le vent glacé de l'hiver,
Vont tristes et mal fagotées, nos femmes.
Martyrs condamnées vives à l'enfer,
Elles tremblent de froid, chaque jour les affame.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.
Nous arpentons les océans immenses
En défiant la colère de mille tempêtes
Et nous vous rapportons de lointains rivages
Des bijoux et des étoffes ornées de gemmes
Et entre temps vous par des menaces et des promesses
Vous avez violé et nos sœurs et nos filles
Et nous couards courbant nos échines,
Nous offrons des richesses à qui nous vole la vie.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Lorsque les nations seront sœurs
Et les vieilles haines jetées et détruites
Une famille de bons et de sages cœurs
Bénéficiera des choses par tous produites.
Il n'y aura plus qui paressant s'empiffre et dévore
À côté de celui qui se fatigue pour produire.
Pour tous pain, travail et amours libres.
Plus jamais les ténèbres, mais la science, mais la lumière.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Plus de maîtres ni de serviteurs, mais entre égaux
Des mains fraternellement données,
Des idées d'amour, de grands tableaux,
Des pensées par le seul humanisme éclairées
Et passera sur la libre terre
Un souffle pur de calme et de vie.
Plus jamais l'atroce chanson de la guerre,
Mais la joie immense, mais la paix infinie.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.

Et seulement alors parmi les pures et belles
Mélodies du joyeux jeune siècle
À nos pieds, nous jetterons la hache
Pour contempler la danse du monde
Et avec le flambeau levé, chantant
L'hymne entonné le jour des colères
Parmi les splendeurs de ce jour mémorable,
Nous saluerons le radieux avenir.

Haut les cœurs, haut les fronts
Exaltons, célébrons
L'égalité
L'humaine fraternité
Et la sainte liberté.
Et la sainte liberté.