mercredi 2 juillet 2014

COMME SI

COMME SI


Version française – COMME SI – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson langue de allemande – Als Ob  - Leo Stauss - 1943

Paroles de Leo Strauss
Musique d'Alexander Steinbrecher


Leo Strauss 1944




La ville du « Comme si » ici décrite est Theresienstadt, en Tchécoslovaquie occupée, où les nazis à partir de 1940 amassèrent jusqu'à 50.000 Juuifs allemands, autrichiens et tchèques et qu'ils présentèrent au monde comme un ghetto modèle alors qu'il ne s'agissait pas d'autre chose que d'un camp de concentration et de passage vers les chambres à gaz et les fours crématoires d'Auschwitz.

De Leo Strauss (1897-1944) on ne sait pas grand chose. Comme pour beaucoup d'artistes juifs qui eurent la malchance de succomber à l'Holocauste, même l’œuvre de Leo Strauss est en grande partie perdue.

Fils du compositeur d'opérette viennoise Oskar Strauss, Leo était musicien, auteur de musiques et livrets pour le cabaret.

Arrêté par les nazis avec sa femme Myra, tous deux furent internés à Theresienstadt où Leo participa activement à la vie culturelle frénétique du ghetto en proposant surtout des chansons – comme cet « Als Ob » - « Comme si » - imprégnées d'humour noir, ridiculisant la propagande des bourreaux qui présentait Theresienstadt comme un ghetto « humainement » modelé et décrivant sans ambages la dure captivité chaque jour toujours plus privée d'espoir…

« Als Ob » devînt une chanson à succès à Theresienstadt, jouée très souvent par le jazz band des Ghetto Swingers…

En octobre 1944, Leo et Myra furent transférés à Auschwitz où ils furent immédiatement tués.

Approximativement 158.000 Juifs passèrent par Theresienstadt. Environ 90.000 furent transférés ensuite dans les camps d'extermination, dont revinrent 4.800. Les 35.500 autres Juifs du camp/ghetto de Theresienstadt moururent là de faim et de maladies. À Theresienstadt, furent enfermés 12.121 enfants : il en survécut seulement 325 (source : Erel Shalit).



Je voudrais faire remarquer que Theresienstadt n'est pas le premier cas de fausse ville, destinée à tromper l’œil de ceux qui viennent l'inspecter... Un des précédents les plus célèbres est celui des « villages Potemkine » que, dit-on – en fait, ce serait une légende inventée par l'ambassadeur saxon von Helbig, faisait construire le ministre de la Guerre russe, Grigori Aleksandrovitch Potemkine, en vue de la visite de son impératrice bien-aimée, mieux connue sous le nom de la grande Catherine. Même si la chose se révèle inexacte, elle a donné des idées... [L.L.]




Je connais une petite ville, une jolie petite ville où aller,
Je ne l'appelle pas par son nom, moi je l'appelle la ville « Comme si ».
Ce n'est pas tout le monde qui peut y entrer,
Les élus doivent être de race « Comme si » .
Ceux qui vivent là, vivent « Comme si »
Et se réjouissent des rumeurs, comme si c'était la vérité.
Les hommes qui passent au galop dans ses rues
Même s'ils n'ont rien à faire, s'arrêtent comme si.
Il y a aussi un café un vrai-faux café d'Europe,
Et avec des chansons et la musique, on s'y sent comme si
Quelqu'un parfois envers quelqu'un est parfois grossier
Même si chez lui il ne l'était pas, il fait ici comme si.
Le matin et le soir, on s'assemble comme si on prenait le café
Le samedi, oui le samedi, il y a là de la viande comme si 
On se met autour d'une soupe claire, comme si ,
Et on déguste la morue, on l'appelle vitamine « Comme si ».
On couche sur le sol, comme si c'était un lit,
Et on pense aux siens, comme si on avait des nouvelles.
On porte notre lourd destin, comme si lui pas si difficile,
Et on parle d'avenir, comme si demain était garanti.

dimanche 29 juin 2014

MÉRIQUE, MÉRIQUE

MÉRIQUE, MÉRIQUE


Version française – Mérique, Mérique – Marco Valdo M.I. – 2014
d'après la version italienne de Lorenzo Masetti
d'une chanson en vénitien – Merica Merica – Angelo Giusti




Il s'agit d'une des plus importantes chansons des migrants vénitiens qui allaient chercher fortune au Brésil. Depuis 2005, cette chanson est l'hymne officiel de la Colonisation Italienne dans le territoire du Rio Grande do Sul.


D'Italie, nous nous en sommes allés


D'Italie, nous nous en sommes allés
Nous sommes partis avec notre honneur
Trente-six jours de bateau et de vapeur,
Et en Amérique, nous sommes arrivés.

Mérique, Mérique, Mérique,
Que sera cette Mérique ?
Mérique, Mérique, Mérique,
Un beau bouquet de fleurs.

Et arrivés en Amérique, nous sommes
nous n'avons trouvé ni paille et ni foin
Nous avons dormi à même le terrain,
Comme les bêtes de somme..

Mérique, Mérique, Mérique,
Que sera cette Mérique ?
Mérique, Mérique, Mérique,
Un beau bouquet de fleurs.

L'Amérique est longue et large,
Entourée de montagnes et de plaines,
Et par notre industrie nous, les Italiens
Nous avons bâti des villes et des villages.

Mérique, Mérique, Mérique,
Que sera cette Mérique ?
Mérique, Mérique, Mérique,
Un beau bouquet de fleurs.


Mérique, Mérique, Mérique,
Que sera cette Mérique ?
Mérique, Mérique, Mérique,
Un beau bouquet de fleurs.

samedi 28 juin 2014

BERCEUSE POUR MOI

BERCEUSE POUR MOI

Version française – BERCEUSE POUR MOI – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson en langue allemande – Schlaflied für mich – Selma Meerbaum-Eisinger – janvier 1941

Poème de Selma Meerbaum-Eisinger (Cernovizza, 1924 – campo di lavoro nazista di Michajlovka, 1942).

Musique de Leibu Levin (1914-1983), poète et compositeur lui aussi, comme Selma Meerbaum-Eisinger, juif et originaire de la Bucovine, région des Carpates aujourd'hui divisée entre la Roumanie et l’Ukraine, partie de l’empire autrichien jusqu'à la Grande Guerre.
Leibu Levin survécut à l’Holocauste, il émigra ensuite en Israël. C'est aussi l'auteur de la traduction en Yiddish des poésies de Selma Meerbaum-Eisinger (qui écrivait en allemand).



La mort de Selma
Dessin d'Arnold Daghani - Bershad Camp - 1943




The Death of Selma Meerbaum-Eisinger, Bershad Camp, 1943 Arnold Daghani (1909-1985)
Selma Meerbaum-Eisinger était née en 1924 à Cernovizza (Bucovine du nord, aujourd'hui dans ukrainienne) dans une famille de commerçants juifs. Alors les 150 ans de domination des Habsbourgs se faisaient encore beaucoup sentir, mais dès la fin de la Grande Guerre, la région fut soumise à un fort processus de romanisation. Avec la défaite de l'Allemagne, en effet, le territoire fit partie de la Grande Roumanie. Ensuite en 1940, sur base d'une interprétation « extensive » des accords de partage paraphés avec l'Allemagne nazie, l'Union soviétique s'empara de la Bucovina septentrionale et sans beaucoup de ménagement (pour employer un euphémisme) pour les gens du lieu, qui étaient bourgeois de langue allemande, peut-être juifs, ou des paysans de langue roumaine. Ensuite, il y eut l'occupation nazie et le régime collaborateur d'Ion Antonescu… Les gens restèrent broyés au milieu, et les Juifs plus que tous.

Selma Meerbaum-Eisinger - active dans les organisations de jeunesse juives comme Hashomer Hatzair, aimant le Beau et la poésie de Rilke et de Heine et Verlaine, elle-même poète, comme son plus célèbre cousin Paul Celan – fut enfermée avec autres ses coreligionnaires dans le ghetto de Cernovizza et ensuite déportée dans le camp de travail de Michajlovka (Volgograd) où elle mourut de typhus en décembre 1942. La brève et douloureuse présence de Selma dans le camp fut notée dans le journal et dans les dessins d'un autre interné, le peintre Arnold Daghani, qui en représenta la mort comme une véritable déposition.



Je me berce, me berce et me berce
Nuit et jour de rêves
Et je bois le même vin vermeil
Que celui qui dort quand il veille.

Je me chante, chante et chante,
Une chanson d'espoir et de chance,
Je la chante comme celui qui s'en va et ne voit pas
Que jamais plus il ne reviendra.

Je me raconte, raconte et raconte
Un monde d'amour, qui m'apaise
Je n'y crois plus et je me le raconte
Je le sais pourtant : la fin est mauvaise.

Je joue, joue et joue
La musique des jours passés,
Je me libère de la vérité
Et fais, comme si j'étais aveugle.

Je ris, ris et ris
Et je me moque de mon jeu
Et je file des rêves si indécis
Qu'ils vont sans tête ni queue.


vendredi 27 juin 2014

Le Jeu du Diable

Le Jeu du Diable
Lettre pastorale à tous les prêtres et fidèles de l’Archevêché


Canzone française – Le Jeu du Diable – Marco Valdo M.I. – 2014

Le Livre Blanc 7

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.

 L'archevêque de K
Bien chers frères
Nous vous parlons avec confiance
Nous savons votre chrétienne obéissance
Fondée sur une foi dure comme fer


Le Jeu du Diable, mon ami Lucien l'âne, est une lettre pastorale. Et sais-tu ce que signifie une lettre pastorale ? J'imagine bien que oui, mais pour que les choses soient bien claires, je préciserai quand même qu'il s'agit d'un message fort envoyé par un évêque ou un archevêque aux fidèles de son diocèse ou de son archevêché – en somme, l'équivalent d'une lettre qu'un maire pourrait envoyer à ses administrés. Mais c'est aussi une lettre comminatoire, une injonction solennelle, une mise en garde, un rappel à l'ordre et l'indication par le pasteur du bon chemin à ses brebis. Elle passe par l'entremise des curés et des officiants des paroisses qui sont priés de la lire en chaire le dimanche et aussi, de la diffuser par toutes voies. En somme, c'est la ligne du parti, c'est la voix de l'orthodoxie. En somme, l'Église prend position et assure ses arrières. Voilà pour la théorie.


Au moins avec toi, les choses sont claires. Mais, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, que peut-elle bien raconter cette lettre pastorale ? Et de quel archevêque vient-elle ?


Pour l'archevêché, la réponse est aisée : de l'archevêché dans lequel se situe la ville de K. On l'appellera pour la facilité du discours, l'archevêché de K et l'archevêque : l'archevêque de K. En fait, l'archevêque de K. intervient vigoureusement d'une part, pour soutenir l'ordre établi mis en danger par ce brave Adam Juracek et ses promenades au plafond et d'autre part, tout débordement hérétique. Imagine un instant que certains croyants y voient un miracle, un signe du ciel et en Adam, je ne sais pas moi, un nouveau messie, un sauveur... Au minimum, un saint... C'est très périlleux pour l'archevêque, car c'est périlleux pour l'Église en général... Et puis, il lui faut encadrer son troupeau et même, donner le « la » à ses curés. La question qui se pose à tous : mais quelle est donc la position de l'Église ? Que faut-il penser ? Qu'est ce qui est conforme et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Et puis, en cas de dérapage, il faudra rendre des comptes en haut lieu... D'où cette lettre pastorale.


Si je suis bien, il condamne Adam...


Et pas un peu. Il va même l'accuser de faire le jeu du Diable et ça, c'est sans doute la plus terrible accusation. Du temps de Jean Huss, c'était le bûcher après une multitude de tortures, toutes plus douloureuses et atroces les unes que les autres. En somme, le bûcher, c'était l'ultime récompense, c'était la délivrance... Mais chaque chose en son temps...


Attendons donc la suite de l'histoire ; je suis même assez curieux de ce qui va advenir. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, clérical, croyant, crédule, superstitieux et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.




Bien chers frères
Nous vous parlons avec confiance
Nous savons votre chrétienne obéissance
Fondée sur une foi dure comme fer
Une foi, mes frères
Due à notre Mère l'Église, à notre Père
Et au Seigneur, notre Sauveur.
Jésus était un grand faiseur
D'incroyables miracles
Il multiplia les poissons et les pains
Et aux mariages, même le vin.
Mais il ne se donnait pas en spectacle.

Bien chers frères
Nous vous parlons avec confiance
Nous savons votre chrétienne obéissance
Fondée sur une foi dure comme fer.
Certains, d'autres, inspirés par l'Esprit
Objets des sarcasmes de nos ennemis
Ont rendu le faible fort
Fait voir l'aveugle, entendre le sourd
Marcher le cul-de-jatte, resurgir l'amour
Ils ont même réveillé les morts.
C'étaient des miracles de la foi
Reconnus par l'Église ; c'est la loi.

Bien chers frères
Nous vous parlons avec confiance
Nous savons votre chrétienne obéissance
Fondée sur une foi dure comme fer.
Seuls les miracles authentiques sont admis
Nous le réaffirmons solennellement ici
Mais des brebis au cœur endurci
Insensibles à la grâce de Jésus-Christ
Mettent à profit malicieusement
Certain exploit invérifiable
Pour crier au miracle et les inconscients
Font ainsi le jeu du diable.

Bien chers frères
Nous vous parlons avec confiance
Nous savons votre chrétienne obéissance
Fondée sur une foi dure comme fer.
Car, mes bien chers frères, marcher au plafond
Ce n'est pas un miracle, c'est une trahison
Qui dépasse toutes les limites
On ne peut laisser faire cette engeance maudite
Il faut dénoncer cet exploit révolutionnaire
C'est une action du Malin, elle doit être interdite
Priez, priez, mes bien chers frères
Allez en paix, la messe est dite.


jeudi 26 juin 2014

L'ÎLE QUI S'EN FUT

L'ÎLE QUI S'EN FUT

Version française – L'ÎLE QUI S'EN FUT – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne - L'isola che se ne andò - Alberto Marchetti



Celle-ci, malheureusement, est une histoire incroyablement vraie, une démonstration de l'obtusité humaine et de la stupidité de toutes les guerres…. L'histoire de cette île était là, déjà belle et prête, je me suis limité à en créer conscience nécessaire pour la sauver … L'île est encore sous la mer mais la dispute diplomatique, absurde mais vraie, à 180 ans de distance, ne s'est pas encore calmée… Quand en 2002, une secousse a fait présager sa remontée à la surface, le Times (journal anglais) a salué la réapparition d'une île anglaise ; les Italiens se sont hâtés de déposer sur le sommet émergé une pierre tombale de revendication territoriale .....

Sur le goût et l'acharnement des Anglais à posséder des îles minuscules, on se reportera utilement à la canzone « Les Malouines aux Malouins » [[42641]] [L.L.].



Giulia, Corrao, Hotham, Nerita, 
Graham, Sciacca, Ferdinandea




Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea
En Juillet mil huit cent trente et un
Sans que ne la vit quelqu'un
En une nuit, une île naquit de la mer
Toute noire et de forme circulaire.
À l'aube, le ressac et les ondes
Révélèrent cet hectare de terre
À Sciacca devant les côtes.
La nouvelle fit le tour de la terre.

D'abord, arrivent les scientifiques
Et les pêcheurs un peu étonnés.
Ensuite, par décision des autorités,
Des navires de guerre se rappliquent ,
Pour prendre possession de ce noyau fumant
Car pour les puissants,
Une terre nouvelle, surtout secrète,
Est toujours une terre de conquête.

Ils voulaient faire de cette beauté précaire
Ces as de la stratégie, une nouvelle base militaire
Et les commandants, pour chaque nation,
Plantèrent des drapeaux et lui donnèrent un nom :

Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea

Seul un pêcheur solitaire
Comprit comme il était extraordinaire
Qu'une île soit née de la mer
Que la terre ait recommencé à créer…
Les Rois voulurent ce morceau de terre
Disposés à tout, même à la guerre,
Opposés, au nom du droit,
Ils se décidèrent à l'inévitable combat.

Au cœur de la nuit, des amiraux nostalgiques
Amenèrent leurs flottes magnifiques.
Ce fut précisément alors que l'île pensa
En avoir vu assez, et s'en alla,
Un grondement, un bouillonnement autour,
Quand finalement arriva le jour
Les expéditions trouvèrent seulement
La mer étale, et un blurp de temps en temps.

L'île était rentrée sous la mer
Où personne ne la regardait de travers,
L'île était retournée sous les vagues
Où encore elle divague.


Giulia, Corrao, Hotham, Nerita,
Graham, Sciacca, Ferdinandea