vendredi 20 septembre 2013

TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS

TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS

Version française - TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne de Riccardo Venturi
Chanson allemande - An allem sind die Juden schuld - Friedrich Hollaender – 1931
]
Texte: Friedrich Hollaender
Musique: Georges Bizet (dalla Carmen)
Première interprète: Annemarie Haase
De la revue
Spuk in der Villa Stern ("Fantômes à la Villa Stern")






Dans cette page, nous nous occupons d'une chanson satirique, probablement une des plus célèbres en langue allemande : An allem sind die Juden schuld (« TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS»). Pas seulement célèbre, mais aussi réellement particulière sous chaque chacun de ses aspects ; à commencer par son auteur, Friedrich Hollaender (1896-1976). Il n'arrive pas souvent que celui qui est connu (et il l'est resté) pour être un musicien de valeur soit connu pour avoir écrit le texte d'une chanson dont la musique est reprise en réalité d'un opéra, dans ce cas-ci, Carmen de Georges Bizet ; mais c'est le cas précisément de cette chanson, qu'Hollaender inséra dans la revue musicale Spuk en der Villa Stern (des « Fantômes à la Villa Stern »), représentée pour la première fois au cabaret qu'il gérait à Berlin, le Tingel-Tangel-Theater, en septembre 1931 (la chanson fut interprétée pour la première fois par Annemarie Haase).

Friedrich Hollaender était né à Londres de parents Juifs allemands, et appartenait à une famille de musiciens ; mais de musiciens « sui generis ». Le père, Victor Hollaender, était directeur de l'orchestre du célèbre cirque Barnum ; l'oncle, Gustav Hollaender, était par contre directeur du Conservatoire Stern de Berlin. Rentré en Allemagne à l'âge de trois ans, Friedrich Hollaender devint lui-même musicien, et il atteint la notoriété internationale en composant, en 1930, la musique du film L'Ange bleu, avec ses chansons chantées par Marlène Dietrich. Le film est le symbole de la République de Weimar, il est interprété par une fière antinazista et mis en musique par un juif ( à noter que par contre, le protagoniste masculin ainsi que le premier Oscar de l'histoire, Emil Jannings, flirta ensuite avec le nazisme). 1930, 1931 : les dernières années de Weimar, unique et très libre atmosphère de cette Allemagne qui glissait à grands pas vers le gouffre sur un pas de danse et dans les fumées des cabarets. Puisque juif, Friedrich Hollaender vivait dans sa chair cette atmosphère où Hitler s'apprêtait à prendre le pouvoir avec le but précis de balayer la « corrompue et infernale » République de Weimar. L'antisémitisme allemand, du reste, marchait à plein régime, et l'intérêt historique de cette chanson satirique réside aussi et surtout dans sa valeur de témoignage d'une période où, en Allemagne, quand même il était encore permis de s'exprimer librement pour des Juifs qui voyaient monter la marée irrépressible.

Hollaender écrivit donc cette chanson en employant une arme particulièrement haïe par les nazis et tous les antisémites allemands : le ridicule. Il choisit, en la caricaturant, une musique très célèbre (celle de Carmen de Bizet, et en particulier son air le plus connu, la Habanera), en y installant un texte où l'image antisémite du juif, considéré comme à la base de tout le mal, de tous les malveillances et malheurs du monde, est mise au pilori par le biais de toutes sortes d'exagérations et en élevant ainsi à l'absurde les plus typiques argumentations antisémites. Les antisémites, et pas seulement les militants nazis, donnaient la « faute aux Juifs » pour chaque chose, sans donne de raison ou en justifiant le tout avec des arguments impossibles à prouver jusqu'à arriver à la simple faute tautologique : « C'est la faute des Juifs car c'est leur faute ».

Aux débuts des années 1930, du reste, dans ses revues musicales, Hollaender y allait assez fort ; dans la même revue satirique « Fantômes à la Villa Stern », dont cette chanson fait partie, il fait dire par exemple au Fantôme, à l'instant de son apparition : « Houhou ! Tutu ! Je suis un petit Hitler et je mords sans préavis ! Je vous mettrai tous dans ce damné sac ! Houhou ! Hihi ! Haha ! Wawa ! » Au Baron de Münchhausen, qui paraît aussi parmi les personnages, Hollaender fait dire : « Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Tout ce que l'homme a vu, ce sont des mensonges ; cependant il les raconte tellement bien ! , et ainsi de suite. La chanson comporte des strophes contenant toutes les principales accusations contre les « Juifs », coupables, par exemple, de toutes les catastrophes mondiales (la guerre mondiale, la révolution russe de 1917 et les crises économiques de l'après-guerre). De ces accusations, qui étaient formulées authentiquement et quotidiennement, on passe à celles-là totalement des ridicules qui forment, inutile le dire, la vraie force ravageuse de la chanson. Est faute des Juifs, par exemple, que Greta Garbo ait une dent cariée, ou bien que la neige soit Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide », ou bien que le feu flambe, que les arbres soient dans le bois ou qu'un oignon ne soit pas une rose. On comprend ainsi que des accusations du genre n'ont pas certes pas moins de fondement que les plus « sérieuses », comme du reste cela se produit de nos jours (« les immigrés volent le travail aux Italiens », « les Gitans enlèvent les enfants », « les Roumains viole les femmes car c'est dans leur culture »). La chanson, donc, est un parfait symbole de la stupidité universelle de masse, principal bouillon de culture de tous les fascismes, les racismes et combien d'autres.

La chanson fait partie de cette douzaine de chansons, publiées entre 1930 et 1936, où est mentionnée l'homosexualité ; dans une des strophes, elle est donc faute des Juifs si le Prince du Pays de Galles est un « fenouil » [ NDT : en italien finocchio – fenouil est un des termes communs pour désigner un homosexuel : on peut le traduire par tante, tantouse, tapette, pédé, etc ] : ( j'emploie ici le terme politiquement incorrect en traduisant à la lettre l'allemand « schwul »). Hollaender se référait à Édouard VIII d'Angleterre, dont était connue l'homosexualité dès 1926 lorsque l'avait révélée la revue allemande Freundschaftblatt (« Revue de l'Amitié »). La chose à noter est que la revue en question était une revue gay ; dans l'Allemagne de Weimar, la publication (d'une revue homo) était libre. Il va de soi que la chanson de Hollaender obtint un succès sensationnel, et même une sorte d'hymne antinazi au moment où, avec les élections de 1930, l'insignifiant petit parti de Hitler était devenu la seconde force du Parlement. L'interprétation fut confiée à Annemarie Haase, elle aussi d'origine juive, qui, étant donnée la mélodie, pour la rendre encore plus satirique l'interpréta avec un accent « espagnol ». Bien qu'à l'évidence, le texte de Hollaender diverge totalement du livret de Carmen, la relation entre les deux textes est plus étroite que ce qui semble ; dans le texte de l'air lyrique, en effet, on affirme que « tout l'amour provient des gitans », cependant que dans la chanson tout le mal provient des Juifs.

Selon le musicologue Dietmar Klenke, la chanson de Hollaender est un parfait exemple du mécanisme de la soi-disant « projection du bouc émissaire » ; en parlant de l'effet que fit la satire de Hollaender, le même Klenke affirme que « les contemporains, pendant l'époque de Weimar, associaient la mélodie au monde des gitans avec un texte dans lequel une jeune gitane s'exprime en termes amoraux sur le thème de la sexualité. En mettant la chanson dans la bouche d'un nazi, le compositeur le ridiculise aux yeux des contemporains cultivés. La mélodie non appropriée aide à considérer les opinions nazies comme immatures et infondées. La force provocatrice de la chanson peut être encore mieux comprise en tenant compte du climat de heurts et d'hostilité parmi les diverses composantes de la population allemande durant la Grande Dépression ». [RV]




Qu'il pleuve, qu'il grêle,
Qu'il neige ou qu'il éclaire
Qu'il s'assombrisse, qu'il tonne,
Qu'il gèle ou qu'on sue,
Qu'il fasse beau, qu'il se couvre,
Qu'il dégèle ou qu'il verse,
Qu'il bruine, qu'il ruisselle,
Qu'on tousse, qu'on éternue :

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !
Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

Si le téléphone est occupé,
Si la baignoire coule,
Si tes impôts sont augmentés,
Si ta saucisse goûte le savon,
Si le pain du dimanche n'est pas bon,
Si le prince de Galles est pédé,
Si la nuit les meubles grincent,
Si le chien gronde :

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !
Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

Si le ministre Dietrich paye tes impôts,
Si la Dietrich de la tête au pied te sourit,
Si l'Okasa se renchérit,
Si une vierge dit : « Moi, je le fais, chéri ! » ,
Si les banques sont en crise,
Si la radio radote de vieilles histoires ,
Si la Garbo a une carie,
Si au cinéma, la jeune première pète :

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !
Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide,
Qu'en revanche le feu chauffe
Et qu'en forêt, du bois, on fagotte,
Que la rose ne soit pas l’échalote
Et que le cafard cafarde
Que Heine soit plein de santé
Et qu'Einstein soit surdoué :

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !
Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !


lundi 16 septembre 2013

FERME LA PORTE, PETIT

FERME LA PORTE, PETIT



Version française – FERME LA PORTE, PETIT – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne FRATELLINO, CHIUDI LA PORTA de Stanislava
d'une chanson tchèque de Karel Kryl : Bratříčku, zavírej vrátka – 1968




Exil
(ici, celui des Républicains espagnols...)





Le répertoire de Karel Kryl n'est pas encore épuisé. Je voudrais ajouter aussi cette chanson qui à mon avis, est parmi ses chansons les plus touchantes. Le contexte est toujours celui de l'invasion de (la Tchécoslovaquie par les troupes « amies » du pacte de Varsovie) 1968. ...



Est-ce le chant d'exil ? Le chemin tortueux de la longue nuit de l'exil de nombre de jeunes (et moins jeunes) Tchécoslovaques... Te souviens-tu de Miluška ? Et pour la quantième fois dans le siècle, la quantième fois dans leur histoire ?


Oh, dit Lucien l'âne, on ne les compte plus ces envahisseurs et ces touristes d'un temps ou d'un autre. Les derniers en date étaient les Autrichiens, les Allemands, les Russes... Et à présent, les touristes et les investisseurs... Je me demande d'ailleurs si ce ne sont pas les pires... je veux dire, si on n'assiste pas là et ailleurs à une colonisation d'un nouveau genre (le genre « européen » et « libéral »), à cette domination par la paix et la « liberté obligatoire » dont on parlait l'autre jour. D'ailleurs, les Tchèques, les Slovaques comme les Allemands, les Polonais, les Hongrois, les Grecs, les Bulgares, les Roumains, les Espagnols, les Portugais, les Italiens, etc (je parle des pauvres évidemment) commencent à subir les effets de cette nouvelle forme de servage salarié, instauré au nom de et au profit de la « paix ».


Tu as touché juste... Je me souviens du temps où on marchait dans les rues en criant « Guerre à la guerre ! » . C'était limpide, c'était clair. Mais comment faire quand il faut faire la guerre à la paix, sans faire la guerre... ?


Comment combattre la paix ? En fait, il faut replacer cette idée dans le contexte de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres où la paix n'est qu'une des phases de la guerre toujours en cours, une sorte de temps mort dans le grand combat du temps... Un temps mort où se taisent les armes, où les armées fonctionnelles rentrent dans leurs casernes et n'encombrent plus les routes et les rues, où provisoirement les uniformes ne servent qu'à la parade. C'est une sorte de mirage et comme tu peux le constater, la guerre militaire n'est jamais bien loin ; elle rampe sur la surface de la terre depuis si longtemps et dans un certain sens, elle est consubstantielle à la richesse. De toute façon, si les armées sont dans leurs casernes, les forces de maintien de l'ordre sont toujours actives. J'arrête ici pour aujourd'hui. Nous y reviendrons.


Je le pense bien. En attendant reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde malade de la paix, empêtré dans son gigantesque mensonge pacifique, malade de son avidité, épuisé par ses ambitions, rongé par sa recherche frénétique du profit, pourri par ses richesses et dès lors, cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane









Petit, ne pleure pas !
Ce ne sont pas des monstres effrayants
Maintenant tu es grand…
Ce sont seulement des soldats.
Ils sont arrivés dans leurs mécaniques
Aux formes cubiques.

Avec une larme à la paupière
Nous nous regardons mutuellement.
Petit, reste près de moi
Je suis préoccupé pour toi.
Sur les sentiers tortueux,
Petit avec tes petites chaussures…

Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup, l'envie d'un agneau est venue
Petit, as-tu fermé la porte ?

Petit, ne pleure pas,
Ne gâche pas tes larmes.
Repousse les outrages
Épargne tes forces.
Et ne me jette pas la pierre
Si nous n'arrivons pas.

Apprends la chanson,
Ce n'est pas si difficile.
Appuie-toi, petit,
Le sentier est détruit.
C'est très dangereux
Mais nous ne pouvons plus retourner.


Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup l'envie d'un agneau est venue
Petit, ferme la porte !
Ferme bien la porte !

samedi 14 septembre 2013

LA PENDUE

LA PENDUE


Version française – LA PENDUE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – L'impiccata – Cesare Basile – 2011


Stigma Diaboli - Clovis Trouille





Folles, pendues, brûlées [[8853]], âmes simples, hérétiques en tous genres... Toutes au gibet, toutes au bûcher, car ce sont des possédées, des filles de Satan...


Mais que racontes-tu comme imbécillités , Marco Valdo M.I. mon ami ?


Des imbécillités ? Mais ce sont des imbécillités assassines et massacrantes prêchées par les moines, les missionnaires, les prêtres et bien des représentants des autorités constituées séculières ou célestes. Leurs inquisiteurs et leurs tribunaux allaient jusqu'à chercher sur le corps de ces dames la « marque » de Satan... M'est avis que tout cela se faisait car ils craignaient grandement la popularité et les réels pouvoirs de ces femmes – connaissance des simples et dans les deux sens du mot: hommes ou plantes. Et puis, elles étaient les filles de Cro-Magnon... les filles et les porteuses d'une civilisation ancienne et à éradiquer, elles maintenaient les valeurs d'un autre monde, d'un monde où femmes libres, elles vivaient parmi les hommes libres... Un monde où le Dieu des puissants, leur Dieu, leurs prêchi-prêchas, leur Pontifex maximus, leurs croisades et leur puissance temporelle n'existait pas. Bref, elles venaient tout droit du monde qu'ils avaient mis tant de temps et tant d'efforts à détruire... Sans jamais y arriver. Elles en viennent encore aujourd'hui.


Aujourd'hui encore, c'est leur ambition à ces dominateurs d'asservir tout le monde. Ce sont des impérialistes, des catholiques comme ils se nomment ; ils veulent dominer ( Domine?) le monde. Au nom de Dieu, qu'ils disent... Mais personne n'a jamais pu le vérifier... Et pour cause.


Bien, je te rappelle quand même qu'ils ont fait école et qu'ils ont de redoutables concurrents en ce domaine. Mais pour en revenir plus précisément à la chanson, la pendue (le pendu...) a souvent été une victime expiatoire, un bouc émissaire, en quelque sorte. Une rassurance... Holà, j'aime bien ce mot, même s'il ne figure dans aucun de nos dictionnaires contemporains … Sauf le DVLF (Dictionnaire vivant de la langue française, publié sur Internet par l'Université de …. Chicago), qui l'a repris de Littré, lequel avait trouvé ce mot de « rassurance » chez Mirabeau.


Belle référence !, dit l'âne Lucien en pliant le genou.


Certes, mais revenons à notre rassurance... Pendre cette femme libre d'esprit, c'est pendre la liberté de pensée, la liberté d'être. Car si la liberté fait peur aux puissants et aux riches (j'entends bien la liberté des autres, celle des pauvres...), il importe que tout le monde ait peur de la liberté. Paura della libertà est le fondement de tout pouvoir [[11043]]. Pour instiller cette peur, les dieux, leurs histoires à dormir debout et leurs laudateurs [[7796]] sont les marionnettes qui projettent des ombres sur les murs... Pendre cette femme, c'est montrer à tous où mène la liberté, du moins, quand les puissants n'en veulent pas, quand ils la répriment... Par tous les moyens... Essayez un peu de critiquer, de mettre en cause, de dénoncer, de ridiculiser... mettons un roi, un président de République ou quelque chose d'approchant... Ou le Pape aux grandes heures de la chrétienté ou que sais-je Allah en Iran ou en Arabie... Tout cela se tient.


Raison, raison, raison... Raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser sans relâche le linceul de ce vieux monde de religions, de dieux, de fantômes, d'oppresseurs, de bûchers, de lapidations, d'assassinats, de pendaisons et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



L'hiver est arrivé, la glace est venue
La nuit m'a faite horreur
Les fleurs ont pris mes odeurs
Je suis celle qui reste, je suis la pendue
Pendue par les pieds et les seins
Car j'étais la pire des chiennes
Qui se moquait de la joie
Montrant mon visage, me frottant à tous, me mariant à tous les coins.
Sans vous déranger.
Exposée par les pieds et pour la sagesse
De sorte que je rende à la loi ce que je n'ai pas donné à ma race
Je suis la pendue, je suis celle que vous regardez.

Vous crachez à présent sur mon ventre renversé
Sur ce sacré cœur en émoi
Car je suis la dérision, pas la joie
Montrant mon visage, me frottant à tous, me mariant à tous les coins sans vous déranger 

vendredi 13 septembre 2013

L'HOMME, LA FEMME ET LA FLEUR

L'HOMME, LA FEMME ET LA FLEUR

Version française – L'HOMME, LA FEMME ET LA FLEUR – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – L'uomo, la donna e il fiore – Quartetto Cetra – 1968

Texte et musique d' Anton Virgilio Savona et "Tata" Giacobetti
Récit : Anton Virgilio Savona
Du spectacle: "Non cantare, spara!"
Transcrite à l'oreille (merci à Giorgio pour ses opportunes corrections)







L'importance du Quartetto Cetra. Ils faisaient, à quatre, des chansons d'« amusement » ; mais ils le faisaient avec un style inimitable, humoristique et souvent plein d'humour noir. Entre les lignes, ensuite, ils étaient capables de dire beaucoup de choses. Ainsi dans cette « chansonnette », inspirée explicitement d'une « parabole » de l'écrivain et du journaliste américain James Thurber (1894-1961). Nous avons cherché un peu, et nous avons découvert que la « parabole » est en réalité un récit intitulé The Last Flower ; il l'écrivit en 1939. Exactement l'année où éclata la II guerre mondiale dont ... et nous ne croyons pas que ce soit un hasard. Une « canzoncina » dans laquelle est décrite, avec des mots très simples, la tendance éternelle de l'humanité à s'étriper ; et nous craignons que, tôt ou tard, ne resteront même pas cet homme, cette femme et cette fleur pour recommencer. Dans la chanson, avec les chiens et avec les lapins, ils semblent presque s'avertir des échos même d'un chef-d'oeuvre de la science-fiction, City de Clifford D. Simak (traduit en français sous le titre « Demain les chiens »).




Voilà donc un commentaire très informé et diablement utile. Je l'ai traduit pour ces raisons et aussi, pour en corriger un peu la perspective. Cependant, une petite remarque d'ordre littéraire... Il me semble que le roman de Simak reprend assez bien un roman français peu connu (du moins maintenant) d'Ernest Pérochon, publié en 1925 et intitulé « Les Hommes Frénétiques ». Il y était question de l'auto-massacre de l'humaine nation et d'un recommencement par deux jeunes gens avec l'aide des chiens. Et tout à trac, Lucien l'âne mon ami, toi qui as mille fois plus d'expérience que je ne pourrai jamais en avoir et un avis nettement plus fondé que le mien, penses-tu qu'on puisse ranger cette chanson dans les « chansonnettes », dans les « canzoncine »...


Ah, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux galactiques, laisse-moi le temps de l'entendre et je te dirai...


Et alors, tu l'as entendue, tu l'as même lue, qu'en penses-tu ?


D'abord, dit Lucien l'âne en s'ébrouant comme Modestine au sortir d'un gué profond des Cévennes, j’insiste pour que l'on ne me prenne pas pour un vieux barbon, ni pour une autorité en quelque matière que ce soit. Certes, j'affirme cependant que mon avis est mon avis, que j'y tiens et que je le partage... De plus, très volontiers avec toi. Bref, je ne suis pas, non, certes non... un âne normand qui dodeline de la tête (et au demeurant, de quoi d’autre pourrait-il dodeliner ?) pour dire un coup oui, un coup non et te regarder d'un air effaré pour signifier ni oui, ni non.

Oui, mais la chanson ? Car Lucien l'âne mon ami, tu t'égares, tu vas là vaguant on ne sait où, dodelinant, si, si, dodelinant tel un âne normand de ton crâne si large et si noir et balançant les oreilles dans la perplexité du monde. Tu t'égares, tu t'égares et je ne te suis plus. Reviens si tu le peux à ton sentiment à propos de cette chansonnette, de cet homme, de cette femme et de cette fleur.


Et bien, ça tombe bien que tu me pousses dans ce sens ; il y a longtemps que je voulais dire certaine chose et je vais la dire ; d'autant qu'elle répond à ta question. Mais dès lors, garde à l’esprit que ce qui sera dit ici a valeur exemplative et somme toute, générale. Si l'on veut avoir un avis à propos d'une chanson, on peut l'écouter, mais l'écoute est trompeuse. Dans le cas qui nous occupe, si l'on s'en tient à une écoute superficielle, qui est celle qu'on a « en passant », elle a bien l'air d'une « canzoncina », telle qu'on la faisait à son époque – avant 1970. Mais ensuite, il faut se demander qui chante... Par exemple. Et là, s'agissant du Quartetto Cetra, il convient de se demander si cette apparente « canzoncina » ne serait pas dotée d'un accompagnement musical à l'acide parodique. En fait, elle l'est. Elle ressemble à s'y méprendre à la production de chansons légères de l'époque, à ce qui dégoulinait de toutes les radios, à la purée et au brouet que servaient les télévisions, aux prestations lamentables qui s'affrontaient dans les concours. Et si de plus, on lit le texte – et c'est là l'essentiel, on découvre qu'il s'agit là d'une grande chanson camouflée en « canzoncina ».


C'était bien mon idée et la raison pour laquelle je t'avais posé la question. Pour le reste, je veux dire sur le fond, on était au temps de la confrontation atomique et la disparition de l'humaine nation paraissait plausible et devoir résulter d'une explosion ou d'une série d'icelles. Il n'en a rien été, car dans la Guerre de Cent Mille Ans, il n'est nullement question de détruire l'humanité entière, il faut juste s'en assurer le contrôle et l'exploitation. Dès lors, la guerre est plus rusée et plus complexe qu'il n'y paraît et elle n'est pas pressée d'atteindre la fin de ses Cent Mille Ans. Prenons les conflits en cours, ceux qui font la une des journaux, ceux où on s'étripe, on s'empoisonne, on s'incendie, on se bombarde... Ce sont des événements périphériques qui détournent l'attention de la vraie dimension du massacre. Certes, ils sont épouvantables et désolants, mais ils font tous comptes faits peu de victimes. Leurs ravages sont limités si on les compare à la faim, à la soif, par exemple ou à la maladie ou à la misère ou aux guerres locales et occultes ou en tous cas, occultées. Là, peu de matamores, peu de roulements de tambours médiatiques... Juste la mort ou l'horreur au quotidien. Dans le silence des nations et même, ces ravages sont couverts par le voile pudique de la paix. Dans ce que j'ai appelé les « conflits en cours » se pose la question « faut-il combattre la guerre par la guerre ? ».... Oh, je vois ton regard... Ce n'est pas moi qui pose cette question... Elle est dans tous les journaux, dans tous les discours... Question rhétorique, s'il en est. Mais, la vraie question paradoxale seulement en apparence, c'est « Peut-on combattre la paix ? ». Dans la Guerre de Cent Mille Ans, la paix et la guerre sont des états d'un même processus et de surcroît des états intermédiaires, secondaires, anecdotiques par rapport à cette Guerre que les riches font aux pauvres afin d'asseoir leur domination, d'étendre leur dominium, de renforcer leur pouvoir, de multiplier leurs profits, de... Regarde ce qu'ils font aux Grecs... Ils sont en train de les détruire, de les réduire en esclavage par la paix. Orwell avait bien vu : « La Guerre, c'est la Paix »


Et inversement, dit Lucien l'âne avec une gravité de circonstance. Et puis, quand tu dis « regardez ce qu'ils font aux Grecs », il faut évidemment comprendre aussitôt : « Ils vous le feront bientôt ». On annonce des dizaines de millions de miséreux en Europe – en plus des existants et dans le même temps, on se félicite de l'accroissement des richesses des riches et on répète à l'infini que l'Europe est en paix. Quant à la disparition de l'espèce humaine, de l'humaine nation... Elle est probable ou disons que la probabilité qu'elle se perpétue éternellement est faible, ne fût-ce que parce que le système solaire et donc, la Terre, sont périssables.


Sauf peut-être, et on retrouve ici la morale de la chansonnette,

« La destruction fut ainsi complète et dans ce malheur
De flammes et de ruines, se sauvèrent par bonheur :
Un homme, une femme et une fleur. »

sauf peut-être donc si un petit groupe arrive à sortir de notre espace clos et à recommencer l'aventure quelque part dans un lointain lontanissime.


Admettons, dit l'âne Lucien en rejetant d'un joli mouvement du menton son oreille gauche vers le soleil, mais que deviendront les ânes ? Et puis, il ne faudrait pas que ce soit là le début de l'éternel retour...


On divague, on divague..., Lucien l'âne mon ami.


Moi, ça me plaît assez de divaguer ainsi, mais en attendant la fin de l'espèce, de la planète, du système et de la galaxie, quand ce ne serait pas de l’univers entier... Que sais-je ? Et puis, la guerre, la guerre, on n'a pas que ça à faire... Abrégeons, coupons court et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, belliqueux, pacifique, mortel, avide, assassin, autodestructeur et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Récité :

En promenant le regard sur les étagères d'une bibliothèque,
Nous avons trouvé un livre de James Thurber ;
Et parmi tant de paraboles de cet écrivain américain,
Nous avons voulu en mettre une en musique.
Pour mieux la comprendre, vous devez supposer
Qu'elle n'a pas été composée aujourd'hui, mais dans un
Futur fort lointain, c'est-à-dire environ, en l'an 5000.


L'histoire conte qu'en Cinq mille toute la civilisation
Fut détruite par une grande guerre : pauvre humaine nation !
Chaque ville disparut de la Terre, tout s'effaça,
Bois et villages furent incendiés, les cendres seules il resta.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, êtres de toutes conditions
Étaient diminués, débiles : pauvre humaine nation !
Les chiens voulurent se débarrasser de leurs maîtres,
Et les lapins, devenus audacieux, commandèrent.

De la peinture, il ne resta rien ; de la poésie, rien ne resta
On ne put rien sauver, et l'homme s'ennuya.
Les adolescents et les jeunettes ne se regardaient plus,
L'amour sur la Terre n'existait plus !



Récité :

Et ensuite qu'advint-il ? Il advint qu'une fillette trouva
Une chose qu'elle n'avait jamais vue : une fleur.
La dernière fleur. Et s'aperçut qu'elle était en train de mourir.
Elle le dit à tout le monde, mais l'unique qui l'écouta
Fut un jeune homme qu'elle rencontra par hasard.


Les deux jeunes, instinctivement, ranimèrent la fleur
De cette fleur naquit une autre fleur, naquirent milles fleurs !
Abeilles et papillons sur les corolles recommencèrent à voler,
Les campagnes de chaque continent se mirent à bourgeonner.

Vint la pluie, et la fillette dans l'eau se mira
Elle se vit très belle, il la regarda, et doucement l'embrassa…
Naquit l'amour, dans le monde entier, tout se réveilla,
Et les enfants coururent heureux, riant insouciants ici et là



Récité :


Et les chiens retournèrent chez leurs maîtres,
Le jeune mit une pierre sur l'autre.
Et tous mirent une pierre sur l'autre !
Naquirent des maisons ; naquirent des villages ; naquirent des villes !

Musiques et chants, mille jongleurs, chimistes et inventeurs
Couturiers et drapeaux, médecins et avocats prirent place encore !
Gardes, soldats, caporaux, majors et grades supérieurs
Grands généraux, grands maréchaux et le grand Libérator

Ils choisirent la place où habiter, sur la colline, sur le bord de la mer
Chaque région se peupla, et on dressa les bannières...



Sur un rythme de marche militaire :

Ceux qui vivaient sur les collines 
Descendirent vers la mer
[bruits de guerre et de bataille]

Ceux de la mer, pour changer d'air,
S'en allèrent occuper les collines …

Ainsi après tant de temps, tant de paix sereine,
Ils reprirent le jeu de la guerre entre les collines et les plaines !
La destruction fut ainsi complète et dans ce malheur
De flammes et de ruines, se sauvèrent par bonheur :


Un homme, une femme et une fleur.