lundi 12 août 2013

ODE À PASSANNANTE

ODE À PASSANNANTE



Version française – ODE À PASSANNANTE – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne – Ode al Passannante – Carlo Ghirardato – 1998






Giovanni Passannante, anarchiste, cuisinier, bon pour les pauvres, généreux et lèse-majesté



J'ai rencontré la figure de Giovanni Passannante alors que je discutais et écrivais et réécrivais l'introduction à l'« Hymne à Oberdan ». Mais – je le répète – l’irrédentiste Oberdank n'a rien à voir avec l'anarchiste Passannante. Cependant, il m'aurait déplu qu'il n'y eût pas une chanson sur lui… Heureusement j'ai trouvé celle-ci, écrite par Carlo Ghirardato, chanteur lyrique et musicien amoureux de Fabrizio De André.

Giovanni Passannante était né à Salvia de Lucania en 1849, dernier de dix enfants, dans une famille très pauvre. Il fut forcé à travailler dès l'enfance comme journalier et berger. Plus tard, un officier de l'armée, son concitoyen, le prit à son service et cela lui permit de reprendre ses études interrompues trop tôt. Il connut ainsi la pensée de Mazzini et devint républicain. D'abord à Potenza, ensuite à Salerno, il travailla comme cuisinier et politiquement se rapprocha toujours davantage de l'anarchisme. Il offrait des repas gratis aux pauvres, l'hôte anarchiste Passannante, et pour cela, il fut licencié par son patron.

En novembre 1878, il se rend à Naples et en premier lieu, il troqua sa veste avec un couteau, un petit canif avec une lame de huit centimètres. Le 17 novembre 1878 avec cette lame insignifiante, il attaqua Umberto Ier d'Italie qui se trouvait en visite officielle dans la ville. Le roi eut à peine une égratignure… Passannante fut arrêté, torturé, condamné à mort, gracié et dès lors, enfermé dans une cellule pour toute la vie, une petite cellule minuscule au pénitentier de Portoferraio à l'île d'Elbe, très humide et insalubre car elle se trouvait sous le niveau de la mer, où régicide manqué, il fut couvert de chaînes et oublié jusqu'à ce que, après dix ans (1888), inévitablement il craqua et fut transféré à l'asile de Montelupo Fiorentino où il mourut en 1910 (22 ans plus tard), sans par ailleurs jamais s'excuser, demander un pardon ou une pitié.

Et les perfides Savoies ne se contentèrent pas de voir mourir Passannante de mort lente, mais ils firent arrêter tous les membres de sa famille et les firent enfermer à l'asile d'Aversa où – aussi eux, pourtant innocents – restèrent prisonniers jusqu'à la fin de leurs jours. Et encore, comme si ça ne suffisait pas, les nobles royaux infligèrent une punition collective à sa ville natale, qui de Salvia fut rebaptisée Savoia di Lucania, comme elle s'appelle malheureusement aujourd'hui encore

Le geste de l'anarchiste, la terrible fin qui lui fut réservée et le courage avec lequel il l'affronta, acquirent à Passannante de très nombreuses sympathies. Même Giovanni Pascoli lui dédia une ode, aujourd'hui perdue, qui ouvrit au poète les portes de la prison… sauf que Pascoli après seulement huit jours rétracta tout, alors que Passannante – comme il est dit – eut une tout autre résistance.

Une chose dont je ne m'étais pas souvenu (antérieurement) à propos de Passannante et de la cruauté inhumaine que les Savoies lui appliquèrent (à lui, à ses parents et à sa terre entière) est qu'ils ne cessèrent même pas de le torturer après sa mort, survenue à l'asile criminel de Montelupo Fiorentino le jour de la Saint-Valentin de 1910. En effet, son horrible détention fut prorogée ad libitum puisque sa tête fut coupée, son crâne ouvert et son cerveau extrait, et crâne et encéphale furent exposés à partir de 1936 au musée criminologique de la via del Gonfalone à Rome.

Maintenant, en ces temps dominés par la physiognomonie et l'eugénisme lombrosien, ce macabre usage était plutôt commun (je ne suis pas sûr, mais il me semble que même la tête de Cesare Lombroso serait dans le formol ici à Turin… un jour, j'irai vérifier) mais cependant contre Passannante, même mort, il y eut un acharnement sans égal.

En mai de 2007, après de nombreuses interpellations parlementaires et grâce aux initiatives du comité « Pro Salvia » de Salvia [Savoia] de Lucania, les restes de Passannante ont trouvé une sépulture au cimetière de son pays natal. À l'enterrement – qui se fit en cachette, un jour avant le jour prévu – étaient présents seulement le maire, un fonctionnaire de la Région Basilicate et quelques agents de la Digos qui avaient convoyé le « prisonnier » de Rome jusque là…

Je ne crois pas que ce fut un bien. Laisser Passannante exposé à Rome aurait peut-être mieux servi la mémoire de la « Guerre de Cent Mille Ans que les riches font impitoyablement aux pauvres », comme le rappelle toujours notre Marco Valdo M.I…. Et ensuite le laisser enterrer ainsi, avec un subterfuge et sans ses proches pour lesquels il donna la vie…De toute façon, c'est fait…

Maintenant cependant il faut absolument que ce nom de « Savoia » disparaisse et revienne l'ancienne dénomination de Salvia de Lucania, pour que renaisse le parfum de l'herbe aromatique et des saules et disparaisse à jamais la puanteur de mort et de sang qui toujours accompagne le Pouvoir.
Sinon Giovanni ne pourra jamais trouver la paix.

(sources :
Alessio Lega et Massimo Ortalli sur Revue Anarchique n.326/2007 ;
Sur les traces de Passannante, extraits de la thèse de licence de Paola Rossi publiée sur le site du Cercle culturel Sandro Pertini de l'Elbe ;
Pétition pour rendre à Savoia di Lucania son nom originaire, Salvia de Lucania, du site de l'acteur et du metteur en scène Ulderico Pesce, auteur du spectacle « l'arroseur du cerveau de Passannante »)

(Bartolomeo Pestalozzi)



Ta veste de velours
Tu l'as vendue pour huit sous
Afin d'acheter ce couteau,
Une demi lire, et faire sa balafre
À Umberto Ier : premier de quoi ?

Passannante aïe mon gars !
Prométhée du monde paysan,
Monde qui, selon tes mots, parfois:
« vend jusqu'à l'honneur
de ses fillettes »

Mère Maria Fiore
Maman rendue idiote
Par la faim et la douleur,
Peine et encore douleur
Pour Giovanni entre tous
Ton meilleur fils

Giovannino
En selle sur l'alphabet
Paladin de fortune,
En cherchant le dragon
Tu trouvas un roi, et celui-là
Était nu comme toi !

Hé, mon gars
Fils roturier
Au cœur de seigneur
Sans doute avais-tu raison :
Le roi comme une nuée d'abeilles
Entre nous et le soleil.

Ensuite arriva ta grâce
Pire que ta mort
On t'enterra vif
Sous une tour
Sous le niveau de la mer,
Là où brûle le sel
De la grâce royale.

Passannante jamais repenti
De ce geste contre l'oubli,
Ton regard d'enfant doux et gentil
A conquis Pascoli
Le poète sur ta plaie mit
Son doigt joli.

Passannante, ne pleure plus

Le roi ne règne plus.

samedi 10 août 2013

JE NE VAIS PAS À LA MINE

JE NE VAIS PAS À LA MINE



Version française - JE NE VAIS PAS À LA MINE – Marco Valdo M.I. – 2013
d'après la version italienne de Lorenzo Masetti d'une
Chanson colombienne (espagnol) – A la mina no voy - Quilapayún – 1969













La chanson – une chanson de mineurs colombiens – dit : « On achète les choses mais pas les hommes . », c'est bien vrai. On n'achète pas les hommes, il y a bien longtemps que ça ne se fait plus... Grosso modo, c'est interdit. Alors, on les loue à l'heure, à la journée, à la semaine, au mois...Car, finalement... C'est moins cher et moins contraignant ! Telle est la vérité, mon cher Lucien l'âne. Comme pour les autos, les maisons... À ceci près que bien que – aux dernières nouvelles – les hommes ne soient toujours pas devenus des choses, on les oblige à se louer eux-mêmes, on les oblige à être eux-mêmes les acteurs de leur aliénation, on les oblige à être quémandeurs et gare à eux, s'ils ne le font pas.






Si ça n'est pas un régime de travail obligatoire, si ça n'est pas une dictature et la dictature de l'humiliation suprême et de l'indignité imposée... Qu'est-ce tout cela, je demande.






Et en plus, écoute voir ça, Lucien l'âne mon ami, comme disait Ray Charles dans le film des Blues Brothers où il joue un marchand d'instruments de musique, je cite de mémoire en français : « Déjà que je suis juif et aveugle... Imaginez qu'en plus, je sois noir.... » [http://www.dailymotion.com/video/xcc81c_ray-charles-blues-brothers_music]... Donc, en plus d'être sordidement exploités comme mineurs , les gens de la chanson sont traités plus mal encore car ils sont noirs...






Le Système des humains est décidément complètement inique et fou. Nous les ânes, quand on discute entre nous, on se dit qu'il faudrait purement et simplement le détruire et en mettre en place un autre où les humains se respecteraient, respecteraient les autres espèces et la planète. Je suppose que pour cela, il faudra mettre fin à la fin de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'en tirer le maximum de profits, de richesses, de privilèges... Alors, il nous faut sans délai reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde exploiteur, aliénateur, humiliant, indigne et cacochyme.









Heureusement !






Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




Le blanc vit dans sa maison
De bois avec balcon.
Le noir dans une hutte de paille
Sans portail.

Et même si mon maître me tue
À la mine, je n'irai pas,
Moi, je ne veux pas
Mourir dans une caverne.

Don Pedro est ton maître
Il t'a acheté : tu es sa chose.
On achète les choses
Mais pas les hommes .

Dans la mine l'or brille
au fond de la galerie,
Le blanc a tout emporté
Au noir, la douleur est restée.




Quand je rentre de la mine
Épuisé d'avoir tant poussé
Je retrouve ma noire triste,
De Dieu abandonnée
Et mes petits nègres affamés
Pourquoi tout cela, je demande ?

vendredi 9 août 2013

LA MARCHE DES COLITIQUES

LA MARCHE DES COLITIQUES

Version française – LA MARCHE DES COLITIQUES – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - La marcia dei colitici – Giorgio Gaber – 1973
Album: "Far finta di essere sani"
Paroles de Sandro Luporini – musique de Giorgio Gaber






Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson de Gaber, Giorgio Gaber... Une chanson qui ne prend pas ses auditeurs pour des cons.


Oh, dit Lucien l'âne en vibrant d'une petite indignation, il y en a beaucoup ici des chansons qui ne prennent pas leurs auditeurs pour des cons... Du reste, comme dit Tonton Georges : « Le temps ne fait rien à l'affaire. Quand on est con, on est con » [[44710]]


C'est une chanson très politique : on y parle d’élections, de parti démocratique, de cabinets... Aller dans les cabinets est en fait le but final... (C'est le but final. Groupons-nous et demain. Au cabinet national, on aura notre festin...)

Ho, ho !, dit Lucien l'âne en riant comme une baleine (ce qui est singulier pour un âne, mais passons, dit une voix venue de nulle part). Te voilà encore en train de parodier et de parodier l'Internationale (Saint Pottier, Saint Degeyter, protégez-nous ! Ces anarchistes sont fous ! Mais de là à les lier, j'ai le temps de faire une pisse d'âne, apparte-t-il en se signant de la patte droite ! On se signe toujours de la patte droite, c'est un principe... ). Je n'ai rien contre, d'ailleurs ! Je te le dis tout de suite. Et même, je t'encourage à parodier plus encore...


Lucien, Lucien l'âne mon ami, calme-toi ! Tu vas me faire avoir de gros ennuis. Déjà comme ça, je crains d'avoir contre ma chanson, (en fait, ma version de cette chanson de Gaber) tous les membres des partis démocratiques (Dieu les préserve!), ce sont des gens d'importance et qui ont des ambitions, ils sont redoutables... Crois-moi ! Alors, cesse de me dénoncer pareillement et puis, tu connais le proverbe : « Il ne faut pas prendre les cabinets ministériels pour des cabinets d'aisance ! » ; à propos de nos démocratiques lascars, j'ai juste adapté un peu Audiard qui disait à peu près : « Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des connards sauvages » [http://www.youtube.com/watch?v=7H5QEG7WyEo et http://www.youtube.com/watch?v=TXaf4VSWg_A].
Donc, la chanson est celle des colitiques ; en gros, ceux qui ont mal au ventre car ils ne peuvent digérer le Système... En face, logiquement, on devrait retrouver les tenants du pouvoir, les gens du camp des riches. Note que ce genre de distinctions est fréquent. Ainsi, Carlo Levi distinguait : – dans le Christ s'est arrêté à Eboli, les « luigini », des « contadini » (ceux-là même qui disaient notre sentence : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »/« Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ») ; dans le Quaderno a cancelli – les diabétiques, des allergiques. Les premiers étaient à ses yeux des gens doux, pacifiques, des hommes sans frontières ; les seconds étaient des brutaux, agressifs, des gardes frontières... Enfants du Bon Dieu et connards sauvages...


À mon avis, si on en croit la chanson, le monde selon Gaber doit être peuplé de colitiques. Enfin, colite ou pas colite, moi, comme bien tu penses et comme tu le penses bien aussi, je ne digère pas ce Système et même, je l'exècre, je le vomis. Alors, je t'en prie, reprenons notre bonne tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde triste à vomir, bête à pleurer, ennuyeux à mourir et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane




[parlé] :

Face l'oppression, à l'exploitation, à la violence chacun réagit comme il peut.
On souffre, on désespère, on se rebelle. Moi, je …


Suis pris de colite
Frappé d'un spasme intestinal
Peut-être vous ne pouvez y croire
Mais c'est assez banal
Je ne digère pas votre Système
Je ne sais si vous comprenez l'urgence
Nous sommes déjà un grand nombre
Ça devient un gros problème
La colite progresse.


[Choeur]


Et nous les colitiques
Nous sommes tous un peu psychosomatiques
Sensibles aux problèmes les plus dramatiques
C'est tragique, pathétique
Pas dans notre esprit, mais dans nos estomacs
Viscéralement, ça ne passe pas.


[parlé]:


Gastritiques, ulcéreux, constipés et tous les psychosomatiques,
Laissez chez vous vos laxatifs, vos antispasmodiques,
Vos bicarbonates et tout ça, nous sommes l'avant-garde
L'avant-garde colitique.


Nous qui avons la colite
Nous nous sommes rebellés
Peut-être ne pouvez-vous y croire
Mais nous sommes « colitisés ».
Notre Mouvement a une ligne politique
Basée sur un groupe d'action
Et sur nos tracts de papier hygiénique
Nous parlons de révolution.


Et nous colitiques
Un peu individualistes mais sympathiques
Ensemble devenons plus politiques
Mais démocratiques !
Organisons-nous et unis marchons
Aux élections, nous vaincrons. 

[Choeur]

Et nous colitiques
Un peu individualistes mais sympathiques
Ensemble devenons plus politiques
Mais démocratiques !
Organisons-nous et unis marchons
Aux élections, nous vaincrons.

[Choeur]

Sûrs du succès
Dans les cabinets !

jeudi 8 août 2013

LE MERDAILLER

LE MERDAILLER



Version française – LE MERDAILLER – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - Ir merdaiolo - La Ghenga
Texte de Fabio Meini










Voici, Lucien l'âne mon ami qui rit et qui est toujours content et que je suis toujours content de rencontrer, voici donc une chanson qui devrait te plaire. Et sans doute te rappeler certaines gens que tu as rencontrés tout au long de tes interminables pérégrinations. On en fait du chemin sur des petits sabots noirs comme les tiens et puis, avec le temps...


Je te remercie beaucoup, Marco Valdo M.I. mon ami, de tous tes compliments... Mais avec ça, tu ne m'as rien dit de la chanson... Sans doute, une de tes traductions...


Oui, certes et du pisano, même. Ce n'est pas un exploit particulier que de traduire du pisan, mais c'est l'occasion de faire un petit clin d’œil à notre ami Luccio, lequel se nomme en effet Pisano. Bon, venons-en à la chanson. C'est une sorte de ballade ou de complainte d'un gars qui fait le métier de cantonnier ou d'éboueur ou quelque chose du genre, et comme ce métier était nommé en italien : « merdaiolo », j'ai dû trouver un équivalent en français et j'ai traduit d'une façon qui lui donne rang directement dans les Chansons contre la Guerre par le mot, un néologisme, je le crois bien : « merdailler ». Une sorte de mot-valise où se croisent diverses choses : en premier la « merde » – indispensable, elle était là dès l'origine. Ensuite, le mot « médaillé »... qui désigne quelqu'un qui a été gratifié d'une médaille, généralement pour avoir tué ses semblables... et la finale en « -er » qui indique le métier comme dans boulanger, plombier, boucher... Donc, un « merdailler » serait celui qui ferait ce métier où il est question de ramasser les merdes des autres... Ce que font les éboueurs, les cantonniers... un boulot de bête de somme en quelque sorte.


En effet, il n'y a qu'à regarder ce que nos bonnes gens laissent traîner sur le bord des routes et des rues... et nous les ânes, les somari, les bêtes de somme, on nous file toujours ces boulots de merde... C'est notre destin, c'est le destin des pauvres, des miséreux, des esclaves... dans cette société où se perpétue la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour précisément les forcer au travail, les obliger à faire des infâmies afin de satisfaire les exigences les plus insensées, de fabriquer les choses les plus superfétatoires et inutiles... et d'assurer leur domination, de nourrir leur avidité et de combler leurs ambitions.


Donc, c'est la complainte du « merdailler », précédée de celle d'un soldat, puis de celle d'un affairiste … qui curieusement disparaît... Nul ne sait ce qu'il est devenu... Du moins dans la version française... dans la version italienne, il a un travail... Note que ce n'est pas incompatible... Il pourrait très bien avoir trouvé, obtenu un « travail » et puis, qu'on le fasse disparaître. Ça arrive aux meilleurs dans certains pays...


Aux pires aussi, dit Lucien l'âne.


Notre « merdailler » lui est sicilien... Il est d'Erice à l'extrême ouest de la Sicile et , même s'il a un métier que d'aucuns considèrent comme « infâmant », il ne tue personne et il garde son honneur , ce qui finalement importe le plus. Il est pauvre, mais il satisfait à son être d'homme, il garde sa décence.


Ça me rappelle la « common decency » dont Orwell faisait si grand cas. Tu sais, la « common decency » (http://www.journaldumauss.net/spip.php?article617), c'est ce qui intuitivement détermine « ce qui ne se fait pas » ; bref, la base de toute société humaine correcte.


Avant d'en terminer, je voudrais te faire connaître ou te rappeler le monologue d'un autre cantonnier qui sut trouver le simple bonheur de vivre, ce bonheur de vivre dont Ferré faisait le résumé ainsi .
« On vit on mange et puis on meurt
Vous ne trouvez pas que c'est charmant
Et que ça suffit à notre bonheur
Et à tous nos emmerdements » [[7794]].

Celui que j'évoque, c'est le cantonnier que monologuait Fernand Raynaud et que je proposerai intégralement un de ces jours ; le temps de rassembler le texte...


En attendant ce jour heureux, dit Lucien l'âne en souriant doucement, je te propose moi de reprendre notre toile et de tisser le linceul de ce vieux monde gangrené, militariste, libéraloïde, autoritaire et cacochyme.



Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Je m'appelle John Mc Queen
Je suis soldat dans les marines
Toujours à disposition
Pour défendre la nation

Je m'appelle Andrea Brambilla
J'ai deux yachts et une villa
J'ai léché pas mal de cul
Maintenant, j'ai disparu

Je suis Beppe d'Erice
Profession cantonnier
Je nettoie les fossés
Mais je n'ai jamais léché les pieds

Je suis Beppe d'Erice

Je suis resté merdailler
Mais je n'ai jamais eu le tourment
D'avoir honte devant mes enfants.

mercredi 7 août 2013

Du Pain aux Oiseaux

Du Pain aux Oiseaux

Chanson française – Du Pain aux Oiseaux – Jean Yanne – 1957




Oh, Lucien l'âne mon ami, tu connais sans doute Jean Yanne et tu as certainement dans l'oreille et en tête – dans ta tête d'âne, la souvenance d'un personnage et d'une œuvre pleins de gouaille et assez abrupts par certains côtés.


Bien sûr, je connais le dénommé Jean Yanne et, je te dirais même que je l'aime beaucoup et que je garde en mémoire bien de ses chansons, de ses sketches, de ses textes et de ses films – comme acteur et comme réalisateur. J'espère d'ailleurs retrouver quelques-unes de ses chansons dans les Chansons contre la Guerre. Même si elles sont parfois, j'aurais l'idée de dire, toujours – si elles sont un mélange alchimique de vitriol comique et d'acide ironique.


D'accord, Lucien l'âne mon ami, nous apporterons quelques autres pierres de Jean Yanne au monument des Chansons contre la guerre, car celle-ci, je l'avais déjà insérée il y a quelques temps déjà en 2008. Mais, ici et maintenant (hic et nunc), je voulais te faire connaître cette chanson – jamais publiée sur disque, jamais gravée – écrite, composée et chantée par Jean Yanne... Une chanson de sa jeunesse... On y découvre un autre personnage et sans une des plus émouvantes chansons antimilitaires.


Allons-y. Moi, du Jean Yanne, je suis toujours preneur d'autant qu'il tissait à sa manière – comme nous à la nôtre – le linceul de ce vieux monde empesé, polémophile, criminel, assassin et cacochyme.



Heureusement !



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane





Moi, je donnais du pain pour les oiseaux
Je ramassais le chien qui buvait au ruisseau
J'étais riche d'amour beaucoup plus que d'argent
Mais je riais de tout et n'avais pas vingt ans

Si je refusais Dieu qui me refusait tout
C'est sûr qu'entre nous deux, je tenais le bon bout
Lui qui ne donnait rien mais voulait qu'on le prie
Moi qui donnais l'amour sans rien d'autre en retour

Un matin vint chez moi, botté, vêtu de bleu
Celui qui me tendit un papier fabuleux
Portant un nom de ville, un nom de régiment
Et me donnant le droit de tuer sans châtiment

Pour avoir refusé l'uniforme à mon dos
A vingt ans dépassés, j'ai passé le falot
Des hommes médaillés du bas-ventre au képi
Pour ce fait, ont jugé que j'avais mal agi

Moi qui rêvais de ciel et de bateaux
Me voici enfermé au fin fond d'un cachot
Ma cellule est bien triste et n'a pas de hublot
Mais au mur un artiste a gravé quelques mots

Je chanterai encore et chanterai toujours
Car même si la mort ou le manque d'amour
Font tomber le malheur ou la terre sur mon dos
J'ai donné tout mon cœur et du pain aux oiseaux


mardi 6 août 2013

VINGT ANS MAINTENANT

VINGT ANS MAINTENANT



Version française – VINGT ANS MAINTENANT – Marco Valdo M.I. – 2013
Chanson italienne - 20 now – Sine Frontera – 2009








J'ai vu les bleus noirs et les bras
J'ai vu les yeux et les pensées vides
Les motos volées et laissées là
Gris quartiers de rouille… rouille
J'ai vu les Punks et Christiane F.
Trous et peurs à l'ombre du mur
Le Rock et les caisses à plein tube
L'ennui, et le soleil… Le dimanche…
Dimanche

Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant

J'ai vu ce mur surgir
Dans le Berlin 89 d'ici
Et puis, d'autres murs grandir
Le monde changeait d'opinion
Changeait de régime, il y a vingt ans
Changeait le jeu, les idées et les gens
Changeait peu au fond pour nous
Illusion non stop la musique…
Le perfecto et les rangeots… le dimanche…
Il y a vingt ans

Time ! Longs Time ! Long day ! 20… maintenant

J'ai vu les bombes et les tempêtes de feu
Finalement, j'ai vu le monde changer très peu
Un homme seul contre une armée
Un homme seul sur une place…
Tienanmen…
Tienanmen
J'ai vu les jours de l'apartheid
Mandela retrouver la liberté
Nos rêves seulement à moitié
Et des centaines de film… sur le Vietnam…
Putain de Vietnam

Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant

J'ai vu les premiers signes du sida
Fonzie et le pop corn, la guerre à la télé
Nos mains notre jean
Les disques en vinyle…
Le dimanche... dimanche
J'ai vu les enfants de Tchernobyl
La désolation les bidonvilles
Et le futur volé est déjà ici
Et la mer, le goût de la mer… au nucléaire…
Nucléaire


Temps ! Longs Temps ! Longs jours ! 20 ans … maintenant